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Premier guide en français pour les objectifs carbone des entreprises sur des bases scientifiques (Science based target)

Le Global Compact France et le cabinet Compta durable publient mercredi 19 avril 2017 un guide pratique, premier document traduisant en français l’initiative "Science based targets", comprenant des lignes directrices pour les entreprises. Cette initiative du Global Compact des Nations unies, du WWF, de CDP et du WRI accompagne les entreprises dans la définition de leurs objectifs de réduction de leur empreinte carbone, alignés sur les recommandations de la communauté scientifique. La publication présentée ce mercredi décrypte les sept méthodologies proposées par l’initiative et cite des témoignages d’entreprises engagées. "Le cœur de l’initiative est de proposer des modalités de répartition des efforts selon les régions et les secteurs, puis des modes d’allocations des efforts des entreprises dans un même groupe homogène", détaille Ciprian Ionescu, du cabinet Compta durable.

"On entre dans le dur"

"Ça commence à devenir sérieux", se réjouit Jacques Richard, professeur à l’université Dauphine, présent lors de la présentation du guide français sur "science based targets". "Chaque entreprise se fixe des cibles en fonction des objectifs du Giec et l’intègre dans ses coûts, on entre dans le dur." Précurseur en la matière, le chercheur est l’auteur en 2008 d’une méthodologie appelée "Care", qui intègre la question environnementale dans le bilan comptable et le compte de résultat des entreprises. Pour "convaincre le directeur financier" de chaque société, le cabinet Compta durable travaille pour sa part à améliorer et appliquer cette méthode, souligne son directeur Hervé Gbego.

"Aujourd’hui, 250 entreprises sont engagées dans l’initiative 'Science based targets' lancée en juin 2015", se félicite ce mercredi Jean-Pierre Cordier, vice-président du Global Compact France. "Mais ce n’est pas une ruée, d’où l’intérêt de ce guide pour familiariser les entreprises françaises avec ce cadre."

"C’est une publication qui manquait cruellement, alors que beaucoup de supports d’information existent en anglais", le rejoint Aurélie Pontal, responsable des partenariats du WWF France, membre fondateur de l’initiative. "Deux entreprises rejoignent chaque semaine l’initiative dans le monde, plus d’une centaine a soumis ses objectifs climatiques pour vérification, et plus d’une trentaine a vu ses cibles approuvées par le comité scientifique." Sur les 250 ayant rejoint la démarche, "19 entreprises françaises sont engagées. On peut faire mieux. Seule Kering a des objectifs validés. Ce chiffre devrait augmenter fortement, on l’espère".

Un "gâteau à partager"

"En 2050, le niveau d’émission de GES devra être réduit de 40 % à 70 % par rapport au niveau de 2010 pour rester en dessous de 2°C à 2100. Cette réduction devra être de 70 % à 95 % pour rester sous un réchauffement de 1,5°C d’ici à la fin du siècle. Cela nous donne une notion de budget carbone, calculé en prenant en compte la croissance des activités humaines. C’est un gâteau à partager entre les entreprises : notre initiative est dès lors un cadre commun pour que chacun se situe par rapport à l’objectif", explique encore Aurélie Pontal.

"Au rythme actuel, ce budget sera dépassé dans 20 ans. Lorsque l’on met bout à bout les objectifs des États, on est plutôt sur une trajectoire de 3°C. Il y a donc encore un fossé à combler, d’autant que des signaux négatifs avec la présidence Trump se font jour. On compte donc sur le secteur privé, formidable levier de changement, et qui se fixe des cibles à long terme, pour avancer", poursuit-elle.

Un terrain fertile

"C’est d’autant plus faisable qu’il y a un terreau fertile : 80 % des entreprises de la liste Global 500 ont des objectifs de réduction des émissions ou de la consommation d’énergie", appuie-t-elle. "Mais seulement 11 % se sont fixé un objectif de long terme compatible avec une trajectoire 2°C", relève Ciprian Ionescu, responsable recherche et développement du cabinet Compta durable.

Aurélie Pontal liste les "quatre objectifs de l’initiative" :

  • D’ici 2020, atteindre 300 entreprises à fort impact (émettant au moins 2 gigatonnes de CO2) s’étant fixé une cible "Science based targets" ;
  • D’ici 2018, atteindre 300 s’étant engagées à mettre en place une telle cible, et 100 ayant une cible approuvée ;
  • Faire de l’approche "Science based targets" un standard en matière de pratiques RSE ;
  • Démontrer aux décideurs politiques le niveau de réduction des émissions qui est atteignable pour influencer positivement les politiques climatiques internationales et nationales.

En pratique, une entreprise qui souhaite s’engager remplit une lettre d’engagement téléchargeable sur le site de l’initiative. Elle a ensuite 24 mois pour développer sa cible de réduction d’émissions, puis elle complète le formulaire de soumission de sa cible pour vérification. Enfin, elle annonce publiquement sa cible. "Pour l’instant, seuls les scope 1 et 2, c’est-à-dire les émissions directes ou bien liées aux consommations d’énergie des entreprises, sont intégrés dans le calcul du budget carbone. Il est prévu, dans les développements de l’initiative, d’intégrer le scope 3" correspondant aux émissions indirectes, indique la chargée de partenariats du WWF France.

Du budget carbone de la planète à celui de l’entreprise

Le guide est "divisé en quatre parties", décrit Ciprian Ionescu, du cabinet Compta durable : "un état des lieux des stratégies carbone des États, insuffisants, et des entreprises ; une présentation de l’initiative ; une explication de la méthodologie globale, et un comparatif des 7 méthodes préconisées pour que l’entreprise choisisse celle la plus adaptée à son activité."

La première phase du projet a défini le budget carbone global, "de 1 000 milliards de tonnes de CO2 entre 2010 et 2050". La deuxième phase a défini un scénario mondial, "c’est-à-dire la distribution de ce carbone dans le temps. Les scénarios plus utilisés et connus sont ceux du Giec : celui nommé 'RCP 2.6', qui prévoit une réduction de l’empreinte carbone comprise entre 41 % et 72 % d’ici à 2050, est le plus utilisé par les entreprises".

La troisième phase "désagrège ce scénario mondial par secteur ou par région selon des critères d’équité : démographie, historique d’émissions, projections de croissance économique des secteurs ou des régions". Par exemple, le scénario 2°C de l’AIE, également nommé "2DS", désagrège le scénario RCP 2.6 en une quinzaine de secteurs tels que l’énergie, le bâtiment, les papetiers, les cimentiers.

Enfin, la quatrième phase consiste à établir "une allocation des réductions d’émissions parmi les entreprises". Deux principales méthodes existent. D’une part, un mécanisme de "convergence" des émissions adapté aux secteurs homogènes : "au sein d’un même secteur, les plus émetteurs auront le plus d’efforts à faire afin de faire converger l’intensité carbone de chaque entreprise vers une intensité souhaitable pour le secteur". D’autre part, un mécanisme de "contraction" des émissions adapté aux secteurs non homogènes, où "l’idée est d’allouer le même taux de réduction à toutes les entreprises", ainsi chacun fait des efforts proportionnels à sa capacité.

Sept méthodes (nommées CSI, CSO, C-FACT, Geva, SDA, 3 % solution, absolute emission contraction) sont à la disposition des entreprises pour y parvenir, et "un arbre de décision dans le guide permet d’identifier la méthode la plus adaptée à l’entreprise, à son secteur, et au niveau d’information dont elle dispose".

Les entreprises engagées livrent leurs conseils

"On est vraiment dans une transformation de modèle économique : nos interlocuteurs ne sont plus seulement les responsables RSE mais aussi les directions générales des sociétés", souligne Aurélie Pontal. "Bien sûr, beaucoup d’entreprises s’interrogent sur le scope 3, comment on y va, comment on fait. Nous-mêmes, nous ne le savons pas. L’important est qu’en s’inscrivant dans cette initiative, on s’appuie sur une communauté scientifique. Nous trouverons la méthode ensemble", témoigne Léa Lim, responsable RSE du groupe Carrefour. Pour le groupe de distribution, calculer l’impact en amont de ses 100 000 produits en rayon est un défi.

"Parfois en RSE, on est un peu seul, on fait de l’évangélisation", témoigne Dorothée Bernier, responsable développement durable du groupe ferroviaire belge Thalys, qui a travaillé avec le cabinet Carbone 4 sur ses externalités environnementales (lire sur AEF info). "Choisissez-vous un sponsor, plus il est haut placé, mieux c’est", conseille-t-elle. Pour Thalys, un accord informel entre la directrice générale du groupe et le directeur général du WWF Belgique a porté la démarche. "Le climat est désormais l’un de nos 5 indicateurs stratégiques. C’est le grand jour, c’est ce que j’attendais depuis des années. Je n’ai plus besoin de convaincre les salariés de l’entreprise, mais de les accompagner. 'Science based targets' est un accélérateur."

de Science based target à Assessing low carbon transition

"Mieux vaut avoir un outil qui permet de voir où est le gros de l’impact environnemental de votre entreprise", suggère pour sa part François-Xavier Morvan, en charge de la performance environnementale du groupe français de luxe Kering, le premier en France à voir ses cibles approuvées par l’initiative. Ayant développé une comptabilité environnementale qui monétise ses impacts sociaux et environnementaux, lui ayant permis d’identifier la part de sa chaîne de fournisseurs dans son empreinte, le groupe vient de se fixer une stratégie à dix ans (lire sur AEF info). "Une fois que vous savez où réside l’effort, en temps et en budget, il ne reste plus qu’à définir comment y arriver avec 'Science based targets'. Cela parle beaucoup plus aux collaborateurs, qui sont dès lors plus à même de faire l’effort requis."

"L’étape suivante, après 'Science based target', est le dispositif ACT ou 'Assessing low carbon transition' mis en place par l’Ademe et le CDP (lire sur AEF info) : on ne regarde plus seulement les objectifs, mais aussi les moyens mis en œuvre", conclut Romain Poivet, chargé de projets climat à l’Ademe. L’agence est présente au comité technique de Science-based target.

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Ana Lutzky, journaliste