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Présidentielle : les représentants des cinq principaux candidats débattent à l'invitation d'AEF

Effectifs de policiers et de gendarmes, "police de proximité", renseignement, lutte contre le terrorisme, coopérations de sécurité… Tels sont les thèmes évoqués par les représentants des cinq principaux candidats à l’élection présidentielle lors d’un débat organisé par AEF sur les questions de sécurité, mardi 28 mars 2017 à Paris. Au cours de cette rencontre, Jordan Bardella, conseiller régional FN d’Île-de-France, représentait Marine Le Pen. Ugo Bernalicis, co-auteur du livret thématique de "La France insoumise" sur la sécurité, s’exprimait au nom de Jean-Luc Mélenchon. Christophe Castaner, député des Alpes-de-Haute-Provence, représentait Emmanuel Macron. Enfin, Éric Ciotti, député LR des Alpes-Maritimes, et Dominique Raimbourg, député PS de la Loire-Atlantique, s’exprimaient respectivement pour François Fillon et Benoît Hamon.

Quelle sera la politique de recrutement du prochain quinquennat ? Est-elle réalisable ?

Marine Le Pen propose la création de 15 000 postes de policiers et gendarmes sur le quinquennat, rappelle Jordan Bardella, conseiller régional FN d'Île-de-France et représentant du Front national. Selon lui, il y a "une urgence à rétablir les effectifs d’avant 2007", et "on ne négocie pas budgétairement sur la sécurité". Pour financer ces postes supplémentaires, des économies sont possibles dans d’autres domaines, notamment "sur l’Union européenne, sur la fraude sociale, sur les collectivités ou encore sur la suppression des régions", affirme l’élu.

Pour Christophe Castaner, député des Alpes-de-Haute-Provence et porte-parole d’Emmanuel Macron, ce sont les effectifs de la police du renseignement et la police de proximité qui ont le plus été affaiblis au cours des dernières années. "Il faut aller plus loin sur ces deux volets." Selon lui, la France "peut assumer" la création de 10 000 postes de policiers et de gendarmes pour un coût "d’environ 300 millions d’euros". Mais l’enjeu repose avant tout sur "l’efficacité des forces de l’ordre", poursuit-il : "Il faut les alléger de certaines missions, notamment de la paperasse." Christophe Castaner propose en outre de donner aux forces de l’ordre "des procédures d’intervention particulières", comme "l’interdiction de territoire à l’échelle d’un quartier" sous le contrôle d’un juge.

Éric Ciotti, député LR des Alpes-Maritimes et représentant de François Fillon, estime également que "la réponse à l’évolution de la violence et de la délinquance ne peut pas être uniquement quantitative". Considérant qu’il est nécessaire d’allouer "des moyens supplémentaires" – François Fillon propose de créer 5 000 postes de policiers et de gendarmes et d’en redéployer autant –, Éric Ciotti estime qu’il convient d’abord de renforcer "l’organisation", en "recentrant le rôle de la police et de la gendarmerie sur l’investigation". Il faut également "redéployer des forces sur le terrain", et "s’appuyer sur les polices municipales", que François Fillon veut obligatoires pour toutes les villes de plus de 10 000 habitants.

La rencontre en vidéo

Pour revivre la rencontre en vidéo, cliquez ici.

En matière d’effectifs, Dominique Raimbourg, député PS de la Loire-Atlantique et représentant de Benoît Hamon, estime que la proposition du candidat de créer "5 000 postes, soit 1 000 par an, est particulièrement réaliste". Néanmoins, "il faut des réaffectations", assure-t-il. "La police de proximité doit être remise en avant", ce qui "suppose un accord avec d’autres partenaires : les villes, les bailleurs sociaux, et les conseils départementaux."

Jean-Luc Mélenchon propose la création de 3 000 postes de policiers et de gendarmes, mais aussi de 2 000 agents de police technique et scientifique, et de 5 000 agents administratifs. Son représentant, Ugo Bernalicis, co-auteur du livret thématique du candidat sur la sécurité, souligne néanmoins que les renforts d’effectifs des dernières années ont été réalisés "dans des conditions assez infernales", notamment avec des "formations en un temps record". Jean-Luc Mélenchon propose ainsi de rouvrir des écoles de police. "Il faut aussi s’interroger sur la façon dont on forme [les policiers], et pour quoi faire", ajoute Ugo Bernalicis.

Quelles sont les priorités assignées aux forces de l’ordre ?

"La proximité avec la population et la lutte contre la délinquance financière sont clairement les priorités" de Jean-Luc Mélenchon, affirme Ugo Bernalicis. "Nous sommes aujourd’hui sur une proximité du maintien de l’ordre et du contrôle d’identité", regrette-t-il, une méthode qu’il juge "de nature à augmenter les tensions". Le retour d’une police de proximité est "l’axe majeur" de la politique de sécurité du candidat, affirme le représentant de La France insoumise, qui assure que "l’essentiel des effectifs de sécurité publique" y sera dédié. "Nous voulons un policier de proximité à l’image du médecin généraliste, que l’on consulte en cas de problème et qui va éventuellement nous orienter vers un spécialiste", détaille-t-il. Par ailleurs, Ugo Bernalicis veut "donner des garanties en termes de lieu de travail et de lieu de vie", pour permettre aux forces de l’ordre d’être "sur un territoire sur le long terme".

Dominique Raimbourg est lui aussi favorable à une police de proximité, "avec des réflexions sur la façon de dégager du temps pour les policiers". "Pour cela, un travail de déjudiciarisation est indispensable", affirme-t-il, en prenant l’exemple de la contraventionnalisation de certains délits routiers et de la consommation de cannabis "dans un premier temps". Pour Benoît Hamon, une autre priorité concerne "la lutte contre la délinquance financière, et contre l’évasion fiscale".

Quels enjeux en matière de sécurité pour le prochain quinquennat ?

Jacques de Maillard, politiste et directeur adjoint du Cesdip, présente, en introduction, les enjeux en matière de sécurité pour les décideurs politiques de demain. Il évoque en particulier la question de la sécurité publique quotidienne, qui "a perdu un peu d’importance dans le quinquennat", en raison des questions de maintien de l’ordre et du terrorisme, mais qui est "revenue dans le débat". Il pose également la question de l’autorité des policiers. "Comment la soutenir ? Faut-il renforcer les protections juridiques dont ils bénéficient ?" Jacques de Maillard évoque également la question de la coordination en matière de lutte contre le terrorisme, avec le risque qu’une instance de coordination soit en réalité "une instance de plus". Jacques de Maillard évoque enfin les mutualisations entre la police et la gendarmerie, qui supposent de se demander "jusqu’où aller".

La "police de sécurité quotidienne" proposée par Emmanuel Macron devra avoir "une approche par quartier, et pas par commune", indique Christophe Castaner. Elle devra être "proche du peuple" et disposer de "pouvoirs de sanction immédiate, pour lui redonner du sens." Le représentant d’En Marche salue "la convergence" entre les différents candidats sur "la nécessité de dégager des moyens sur la sécurité publique". Par ailleurs, "la fraude fiscale et la fraude sociale sont des sujets sur lesquels il faut agir", ajoute le député.

Jordan Bardella indique que Marine Le Pen est également favorable à une "police de proximité", "l’une des seules mesures efficaces de la politique de la ville", selon lui. Il rappelle que la candidate propose un "plan de désarmement des banlieues, dans lesquelles la police n’entre plus". Néanmoins, pour Jordan Bardella, "si on ne met pas en place le cadre judiciaire derrière, les efforts de la police resteront inutiles". L’élu rappelle ainsi les principales mesures du Front national en matière de justice, à savoir "rétablir une politique pénale beaucoup plus ferme et efficace, avec la création de 40 000 places de prisons", ainsi que le rétablissement des peines planchers et la suppression des remises de peines automatiques.

À l’inverse, Éric Ciotti voit la police de proximité comme "un échec absolu". Selon lui, la principale priorité assignée aux forces de l’ordre doit concerner "l’élucidation". "La police est faite pour élucider les crimes et délits", estime-t-il. "Or nous élucidons très mal les faits de la délinquance du quotidien". À titre personnel, Éric Ciotti se prononce pour "une direction de l’investigation dans chaque département, qui reprendrait tout le judiciaire". François Fillon prône par ailleurs "la création d’un ministère de la sécurité nationale, qui regroupe le pénitentiaire et les douanes", indique le député.

Quels outils peuvent-ils être mis en place pour lutter contre le terrorisme ?

"Le renseignement, c’est un travail de terrain, un travail humain", souligne Dominique Raimbourg. Benoît Hamon fait du renseignement territorial une des priorités pour les forces de l’ordre. Mais, pour son représentant, dans la lutte contre le terrorisme, "la vraie réponse, c’est la coopération entre tous les services, justice et policiers". Pour lui, l’une des questions à régler concerne également "l’articulation entre santé mentale et terrorisme", affirmant que "15 % des fichés comme 'étant susceptibles de radicalisation' ont été internés de force". Il salue par ailleurs "les moyens mis en œuvre dans le renseignement pénitentiaire", dont "on mesure l’efficacité par le nombre d’arrestations qui ont eu lieu récemment".

En matière de renseignement, François Fillon est favorable à "une recentralisation des structures", avec le regroupement des services en deux grandes structures, d’une part la DGSE, et d’autre part une "grande direction générale du renseignement intérieur, puissante, avec des moyens techniques", et "qui reprendrait la DRPP", indique Éric Ciotti. Le député LR estime également nécessaire de travailler à une "véritable coordination nationale de renseignement".

Marine Le Pen propose la création d’une "agence de lutte antiterroriste unique" rattachée directement au Premier ministre, rappelle Jordan Bardella. "Nous n’avons pas de service antiterroriste, déplore-t-il, nous avons une vaste coordination de 22 services, regroupés sous l’Uclat." Il précise que le service unique de lutte antiterroriste serait composé de "policiers de terrain expérimentés, capables de déceler des profils radicalisés". Jordan Bardella propose par ailleurs de "s’attaquer à la source" de la radicalisation, c’est-à-dire "au fondamentalisme qui s’est installé dans certains quartiers", en "expulsant des prêcheurs de haine" et en "fermant des mosquées radicales".

Christophe Castaner indique qu’Emmanuel Macron est également favorable à un renforcement du renseignement territorial. "Le terrorisme est une guerre ouverte, avec un levier secret : le renseignement", poursuit l’élu. Sur la question de la gouvernance, Emmanuel Macron n’est "pas favorable à une fusion" de services de renseignement, mais à la création d’une "task force, capable de faire remonter les informations au Premier ministre et au président". Christophe Castaner estime par ailleurs que la lutte contre le terrorisme "passe d’abord par l’action militaire", "en neutralisant les commanditaires", et grâce à une "assistance militaire à des pays à proximité".

"On ne peut pas promettre que les mesures proposées garantissent l’absence de risque d’attentat", rappelle Ugo Bernalicis. Le représentant de Jean-Luc Mélenchon estime qu’il faut "garder les moyens tels qu’ils sont aujourd’hui", mais en mettant l’accent sur le "renseignement humain". "La détection des signaux faibles est notre point faible, c’est là qu’on doit avancer." La lutte contre la radicalisation passe également par le renforcement de tous les "anticorps républicains" que sont "l’éducation nationale, la santé ou encore la création d’emplois". Il juge par ailleurs "idiot" de durcir les peines à l’encontre des terroristes, qui "n’ont pas peur de la prison".

Quels seront les moyens alloués aux forces de sécurité ?

"Les locaux du policier, ça joue sur l’autorité", affirme Ugo Bernalicis. Il assure que dans le "plan d’investissement national de 100 milliards d’euros" proposé par Jean-Luc Mélenchon, "une partie sera accordée à la police", notamment pour "ouvrir des commissariats de proximité". Il propose par ailleurs "une fusion des forces de police, de gendarmerie et de la police municipale" à moyen terme, "en plus d’un service citoyen obligatoire avec une composante militaire et civile". Sur ce dernier point, "l’idée est de rapprocher la police de sa population".

Pour aller plus loin…

Retrouvez les propositions des cinq principaux candidats à l’élection présidentielle dans le comparateur d’AEF.

Il y a "beaucoup de choses à faire" en termes d’équipements et de matériels, estime Dominique Raimbourg, qui pointe notamment un besoin de "rattrapage important sur la chaîne pénale". La priorité est, selon lui, "un travail de compatibilité informatique" entre les applications des forces de l’ordre, Cassiopée, le logiciel de la justice, et Genesis, celui de l’administration pénitentiaire. Il souhaite également "s’attaquer au contrôle des sortants de prison", qui selon lui "n’est pas satisfaisant" car "80 % [des détenus] sortent sans aucun suivi". Il veut également "associer la police à ce contrôle".

Christophe Castaner indique que les moyens doivent concerner en particulier la formation dans la police nationale. "Il est indispensable d’alléger les policiers des tâches administratives", souligne le député. Il propose notamment d’allouer des moyens spécifiques pour que les médecins se déplacent en garde à vue.

Jordan Bardella estime lui aussi nécessaire de "libérer les forces de l’ordre de leurs tâches indues administratives", mais affirme qu'"il faut surtout adapter l’équipement" des forces de l’ordre. "C’est une question de moyens, mais surtout une question de répartition de ces moyens." Il indique par ailleurs le souhait de Marine Le Pen de "sanctuariser le budget de la défense à 2 % du PIB".

Éric Ciotti rappelle la proposition de François Fillon d’accorder "1 milliard à l’intérieur et 1,5 milliard à la justice" en cinq ans. Il estime qu’il faudrait "au moins 1,5 % du PIB pour la sécurité et la justice à l’horizon 2022, voire 2025". Cette part permettrait, selon lui, la création d’un nombre de places en prison qui permette "tout simplement d’exécuter les peines". "La réponse pénale se dilue, et perd de sa forme dissuasive", déplore-t-il.

Quelles sont les priorités en matière de coopération de sécurité ?

"La coopération avec les polices municipales va de soi", estime Dominique Raimbourg. Il affirme néanmoins que "la police municipale n’est pas le clone de la police nationale, elle doit avoir un rôle de très grande proximité". "Certaines coopérations s’imposent", affirme-t-il, comme avec les douanes, "notamment dans la lutte contre le trafic de stupéfiants", et avec la sécurité privée dont il souligne la "professionnalisation au cours des dernières années".

Pour Éric Ciotti, une "meilleure articulation de toute la chaîne de sécurité" est nécessaire. "Cela implique de recentrer les forces de police et de gendarmerie sur le cœur de métier et faire reculer les tâches indues", comme "les gardes statiques, les gardes à l’hôpital, les transfèrements", qui "consomment des effectifs". François Fillon est par ailleurs favorable à une coopération accrue avec les polices municipales, et à "plus de recours à la sécurité privée".

Jordan Bardella souhaite également "converger vers des partenariats avec les acteurs privés". Marine Le Pen défend par ailleurs le "principe de subsidiarité", qui consiste à "regarder à l’échelle locale dans quelle mesure nous pouvons nous tourner vers les acteurs locaux, et notamment les polices municipales".

"On assiste à un mouvement de renforcement des polices municipales en creux du retrait de la police nationale sur le territoire", affirme Ugo Bernalicis. Jean-Luc Mélenchon propose de "sortir de cette hypocrisie", en fusionnant les forces de police, de gendarmerie et de police municipale. Et Ugo Bernalicis de saluer la gendarmerie comme "une force extraordinaire de proximité".

"Il faut renforcer les coopérations avec tous les acteurs", affirme Christophe Castaner, mais "il faut faire attention à la municipalisation de la sécurité publique", qui peut "mener à une injustice territoriale". Emmanuel Macron souhaite par ailleurs renouveler les contrats locaux de sécurité et de prévention de la délinquance, qui associent "la police, la gendarmerie et tous les acteurs de la sécurité".

Quelles mesures pour lutter contre le malaise des policiers ?

Éric Ciotti propose de "sanctionner plus fortement tous les outrages, toutes les violences contre les détenteurs de l’autorité". "Il doit y avoir une tolérance zéro : dans certains pays, dès qu’on touche à un uniforme, c’est de la prison ferme. Il faut renvoyer ce message."

Christophe Castaner évoque pour sa part "l’importance de la confiance vis-à-vis des policiers", grâce à "des moyens supplémentaires, des coopérations, un dialogue plus serein avec la justice et des moyens dédiés à cette justice".

Dominique Raimbourg se dit "conscient d’une situation d’extrême tension qui dure depuis les attentats". Il souligne l’importance de "la loi réformant l’usage des armes, qui est une solidification des conditions dans lesquelles la police peut ouvrir le feu, afin de rassurer la population et les forces de l’ordre" (lire sur AEF info). Le député salue également la mesure d'"anonymisation des procédures pénales".

"Il faut travailler à une stratégie de désescalade" des tensions entre la police et la population, affirme Ugo Bernalicis. Il se dit "inquiet d’entendre qu’on étend les conditions d’usage de l’arme […] alors qu’on embauche [des policiers et des gendarmes] à un niveau plus bas". "Il faut arrêter avec la politique du chiffre", estime-t-il également.

Jordan Bardella veut, lui aussi, "en finir avec la politique du chiffre", et propose de "soutenir de manière systématique les forces de l’ordre, à moins que nous ne démontrions qu’elles sont dans leur tort". Par ailleurs, le représentant du FN explique vouloir "débloquer les demandes de mutation et de promotion", qui sont une "source de stress pour bon nombre de fonctionnaires."

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Amandine Sanial, journaliste