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Carlos Moedas à AEF : "On entend en Europe la voix de différents lobbies, mais pas celle des scientifiques"

"Nous sommes le seul endroit au monde où l’on croit encore en l’intuition scientifique", se félicite le commissaire européen à la Recherche, la Science et l’Innovation Carlos Moedas. Interrogé par AEF le 23 mars 2017 en marge d’une conférence qu’il donne sur "la recherche européenne au service de la paix", à la Cité internationale universitaire de Paris, il déclare attendre des scientifiques qu’ils soient "sur le devant de la scène", la science étant "le seul message dont dispose l’Europe pour se différencier". "Ils doivent se rendre compte que leur voix est importante et très puissante. On entend aujourd’hui en Europe la voix de différents lobbies, mais pas celle des scientifiques", regrette-t-il. Leur présence dans les discussions est, juge-t-il, particulièrement importante "quand se tiennent les discussions sur le budget européen pour le futur".

50 M€ supplémentaire pour l’ERC

"Je suis heureux d’annoncer que la Commission a l’intention d’augmenter le budget de l’ERC de 50 M€ pour le reste de la période d’Horizon 2020", déclare le Commissaire Carlos Moedas, le 21 mars 2017, à l’occasion de la célébration des dix ans de l’ERC.

AEF : Vous intervenez dans le cadre de la conférence "Science et paix". Les scientifiques ont-ils pris la mesure du rôle qu’ils peuvent jouer ?

Carlos Moedas : Il faut que les scientifiques communiquent plus. Ils doivent se rendre compte que leur voix est importante et très puissante. On entend aujourd’hui en Europe la voix de différents lobbies, mais pas celle des scientifiques. Ils doivent être au-devant de la scène parce que la science est le seul message dont dispose l’Europe pour se différencier. Quand une équipe menée par un scientifique belge (Michaël Gillon) a découvert sept nouvelles planètes, celui-ci a rappelé que seule l’Europe avait cru en son intuition et l’avait financé. Nous sommes le seul endroit au monde où l’on croit encore en l’intuition scientifique. Cela représente un potentiel énorme pour l’avenir. En recherche fondamentale, tout se passe en Europe. On pense généralement que cela se passe dans les autres pays du monde, aux États-Unis. Mais les inventions du futur sont en Europe parce que la recherche fondamentale est la racine de tout. Les scientifiques doivent venir au-devant de la scène et vendre ce qu’ils font pour que les gens comprennent l’importance de l’Europe.

AEF : Comment surmonter les réticences des scientifiques à la communication médiatique ?

Carlos Moedas : Les scientifiques peuvent avoir deux types de discours : un pour les scientifiques dans le cadre de leur travail et un plus accessible, qui raconte des histoires aux gens. Beaucoup de chercheurs que j’ai rencontrés ces dernières années m’ont expliqué que les vraies raisons qui motivent leur vocation ne sont pas celles qu’ils racontent aux non-scientifiques, sinon personne ne les comprendrait. Ils font de la science pour des raisons beaucoup plus fondamentales. Mais il faut avoir des histoires pour que les gens se sentent concernés. Il faut que nous, Européens, nous nous fixions des missions, des objectifs et que nous disions : nous serons les premiers par exemple à guérir Alzheimer ou le cancer, à passer d’une économie linéaire à une économie circulaire, etc. Cela va créer des défis mais également de la fierté. C’est par la science que nous pourrons rendre le futur meilleur pour tous.

AEF : Vous avez parlé des lobbies. La science doit-elle se considérer comme un lobby dans les processus de décision ?

Carlos Moedas : La science est une force en soi, elle doit être organisée pour que les gens écoutent la voix des scientifiques. Quand se tiennent les discussions sur le budget européen pour le futur, il y a un enjeu énorme, il faut que les scientifiques soient là et demandent que l’on investisse plus dans la science.

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Anne Roy, journaliste