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Profil des recteurs : la nomination de Daniel Auverlot marque-t-elle un tournant ?

La nomination en mars 2017 de l’Igen Daniel Auverlot, ancien Dasen, comme recteur de Limoges, suscite des remous dans le milieu des personnels de l’encadrement supérieur de l’Éducation nationale : en raison de son caractère inédit d’une part, et par les questions sous-jacentes qu’elle soulève d’autre part. Quelle sera l’évolution du métier de recteur ? Quels doivent être leur profil et leur formation ? Cet événement intervient dans un contexte de mutation du métier de recteur qui impacte la formation et l’accompagnement de ces professionnels mais aussi dans un processus de réorganisation territoriale de l’Éducation nationale, en termes de pilotage et de gouvernance. AEF propose un décryptage, alors qu’aucune des parties concernées ne souhaite s’exprimer publiquement.

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Que dit le code de l’éducation ?

"Nul ne peut être nommé recteur s’il n’est habilité à diriger des recherches". "Toutefois, dans la limite de 20 % de l’effectif des emplois correspondants, peuvent être nommées recteurs :

1 - des personnes ayant exercé les fonctions de secrétaire général de ministère ou de directeur d’administration centrale pendant au moins trois ans (1).

2 - des personnes justifiant d’une expérience professionnelle de dix ans au moins dans les domaines de l’éducation, de l’enseignement, de la formation ou de la recherche".

"Lorsqu’elles ne sont pas titulaires du doctorat, la nomination de ces personnes intervient après avis d’une commission chargée d’apprécier l’aptitude des intéressés à exercer les fonctions de recteur".

La nomination de l’Igen et ancien Dasen Daniel Auverlot, comme recteur de Limoges, bouscule les lignes : si les Dasen sont vus comme des adjoints du recteur ou de la rectrice (sauf dans l’académie de Paris et en outre-mer), le poste de recteur restait jusqu’à présent dans la lignée de l’héritage napoléonien, qui a conditionné pendant un siècle et demi l’accès à ces fonctions à la possession du grade de docteur et donc en pratique, dans la quasi-totalité des cas, à des professeurs d’université.

Après la rectrice de Poitiers, Anne Bisagni, la nomination de Daniel Auverlot constitue la deuxième nomination comme recteur d’une personne "justifiant d’une expérience professionnelle de dix ans au moins dans les domaines de l’éducation, de l’enseignement, de la formation ou de la recherche", selon le décret du 10 décembre 2015, après avis de la commission "ad hoc" présidée par Patrick Gérard (cf. encadré). Elle marque une étape supplémentaire dans l’ouverture progressive du vivier de recteur, engagée depuis 2001 (lire sur AEF info).

quelles évolutions du métier de recteur ?

Cette nomination s’inscrit dans un contexte de mutation du métier de recteurs. Ceux-ci ou celles-ci doivent désormais avoir trois principaux champs de compétences :

  • une capacité de pilotage et de management ;
  • un minimum de connaissances techniques, notamment sur l’enseignement primaire et secondaire pour les universitaires ;
  • une vision stratégique pour la mise en place de politiques publiques.

Or les recteurs recrutés actuellement n’ont pas tous ces trois champs de compétences. La MPES a donc mis en place un parcours de formation individualisée des néo-recteurs (lire sur AEF info). Mais cette formation a pu être délivrée avant la nomination d’un nouveau recteur dans un cas seulement. Le reste du temps, elle a été proposée après la nomination, en raison des délais très courts de désignation des néo-recteurs.

quelle formation ?

Ce type d’accompagnement constitue une amorce dans la formation des recteurs mais cela ne semble pas suffisant, puisque la ministre a confié en février 2017 une mission à Françoise Moulin-Civil sur "l’accompagnement et la formation des futurs recteurs" (lire sur AEF).

Selon toute logique, la mission (2) devrait analyser ces questions :

  • Quelle durée pour la formation des recteurs ?
  • Quelles modalités ?
  • Quel contenu ?
  • Quelle possibilité d’adaptation au profil du recteur ? (un directeur de l’administration qui devient recteur n’a pas les mêmes besoins qu’un universitaire)
  • Faut-il uniquement une formation pour les primo-nominations ou également une formation continue pour tous ?

Un clivage entre universitaires et non universitaires ?

Si aucun recteur ou Dasen ne souhaite s’exprimer publiquement, selon les informations recueillies par AEF, la nomination de Daniel Auverlot suscite des remous dans le milieu des personnels de l’encadrement supérieur de l’Éducation nationale : des recteurs universitaires protestent contre la nomination d’un tel profil et réclament le maintien du système actuel. À l’inverse, chez les Dasen, on se réjouit de cette évolution et de cette perspective nouvelle de carrière.

Pour rappel, une partie de la communauté universitaire s’était élevée contre l’élargissement du profil de recrutement : la CPU avait engagé en 2015 un recours contre les décrets ouvrant l’accès à l’emploi de recteur à des personnes non titulaires d’un doctorat, qui a finalement été rejeté par le Conseil d’État (lire sur AEF info).

Il faut noter aussi que des recteurs ayant le profil traditionnel de professeur d’université, mais jugés non performants, ont été limogés par différents gouvernements.

Quel profil de recrutement ?

La mission de Françoise Moulin-Civil pourrait aborder aussi la question du profil des recteurs et de leur recrutement :

  • Faut-il constituer un vivier de recteur ? Si oui, lequel ?
  • Faut-il augmenter le taux de recteurs non universitaires ?
  • Quelles missions pour les recteurs ?
  • Doivent-ils être automatiquement universitaires ? Le recteur, qui est également chancelier des universités, est responsable du contrôle budgétaire et de légalité des établissements d’enseignement supérieur de son ressort académique mais n’a pas de rôle dans le domaine scientifique (3).
  • Si la montée progressive de l’autonomie des universités distend le lien avec le recteur chancelier, la gestion du continuum bac-3/+3 implique-t-elle un pilotage par les universitaires ?

À partir de ces interrogations, deux solutions peuvent émerger : rester dans la configuration actuelle, avec le même profil de recteurs, en renforçant néanmoins leur formation ou bien élargir le vivier de recrutements pour faire évoluer plus fortement le profil, comme le suggère Gérald Chaix, recteur de l’académie de Nantes de 2008 à 2012, ancien président de la Conférence des recteurs, et professeur émérite à l’université de Tours (lire sur AEF info).

quelle articulation avec Les évolutions de la gouvernance académique ?

La nomination d’un ancien Dasen comme recteur semble cohérente avec le décret de la gouvernance académique de 2012 qui confère au Dasen un rôle d’adjoint. Elle peut paraître logique aussi si l’on tient compte du fait qu’un Dasen qui dirige une grande circonscription, comme dans les académies de Créteil ou de Versailles par exemple, gère et pilote une masse plus importante de personnels, d’élèves et d’établissements, que certains recteurs d’académies de plus petites tailles.

La possibilité pour les Dasen d’accéder au poste de recteur a été évoquée bien avant le décret de janvier 2012 sur la gouvernance : en juillet 2006, un rapport Igen-IGAENR sur "la place et le rôle des IA et des services départementaux dans l’administration, le pilotage et l’animation de l’EN" recommandait de permettre aux IA-Dasen de devenir recteurs. "Décloisonner ainsi les fonctions permettrait au ministère de l’Éducation nationale de s’appliquer à lui-même les règles de la validation des acquis de l’expérience qu’il promeut par ailleurs", écrivaient les auteurs du rapport Jean-Paul Delahaye, Martine Safra et Pierre Antonmatteï.

Il faut noter cependant que le gouvernement a certes nommé en mars un ancien Dasen, mais sans doute conscient des réactions, un membre de l’Igen.

Et les secrétaires généraux d’académie ?

La nomination d’un ancien Dasen pose la question des secrétaires généraux d’académie, considérés eux aussi comme des adjoints du recteur et qui pourraient également souhaiter accéder à cette fonction.

Cependant, là encore existent des réticences dans la technostructure de l’Éducation nationale, autour de leur formation strictement administrative qui se distingue des Dasen et universitaires, censés être des spécialistes de l’enseignement, au travers de la pédagogie.

quel lien avec le pilotage du système éducatif ?

La nomination de Daniel Auverlot intervient également dans un contexte politique particulier, à quelques semaines de l’élection présidentielle. Il est rare qu’un recteur soit nommé dans ce contexte, le président de la République n’ayant pas souhaité exercer son droit de prolonger Pierre-Yves Duwoye à Limoges (lire sur AEF info). Or le prochain gouvernement pourrait revoir l’organisation administrative de l’Éducation nationale. Lors de la dernière réforme territoriale, l’Éducation nationale a en effet obtenu un statut particulier en conservant plusieurs rectorats par région mais la possibilité d’aligner le nombre de rectorats sur le nombre de région (13) est évoquée dans les débats présidentiels. C’est ce que préconise par exemple l’ancien Dgesco Jean-Michel Blanquer dans son "livre programme" paru fin 2016 (lire sur AEF).

Par ailleurs, officiellement les recteurs de région académique n’ont aucune autorité hiérarchique sur les autres recteurs de la région mais ont un rôle de coordination. Or de fait, cette fonction leur confère un positionnement particulier par rapport à leurs collègues et certains peuvent craindre d’aboutir au schéma suivant : un "super recteur" universitaire, entouré de plusieurs recteurs ayant un statut différent. C’est d’ailleurs la configuration actuelle de la région Nouvelle-Aquitaine, avec Olivier Dugrip (docteur en droit) comme recteur de région académique à Bordeaux et Daniel Auverlot et Anne Bisagni à Limoges et Poitiers, tous deux recrutés par le biais du quota des 20 %.

Cette question du profil des recteurs dépend surtout du statut des académies et du rôle et fonctionnement que veulent leur donner les autorités, en lien avec le niveau de déconcentration souhaité dans l’Éducation nationale. L’avenir des "régions académiques" sera en ce sens probablement un des chantiers du prochain gouvernement.

(1) Béatrice Gille et Hélène Bernard ont été nommées rectrices dans ce cadre.

(2) Contactée par AEF, Françoise Moulin-Civil fait savoir qu’elle ne souhaite pas s’exprimer pour l’instant, les travaux de sa mission étant encore en cours.

(3) Selon le code de l’éducation, "le recteur d’académie, en qualité de chancelier des universités, représente le ministre chargé de l’enseignement supérieur auprès des établissements publics à caractère scientifique, culturel et professionnel". "Il assure la coordination des enseignements supérieurs avec les autres ordres d’enseignement" et "dirige la chancellerie, établissement public national à caractère administratif qui, notamment, assure l’administration des biens et charges indivis entre plusieurs établissements".

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