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Un an après l’adoption de l’accord de Paris, la question du leadership climatique en suspens

Une fois l’accord de Paris adopté le 12 décembre 2015, "l’essentiel du capital politique a été mobilisé pour obtenir sa ratification rapide", analyse Pascal Canfin, lors d’une interview le 9 décembre 2016, à la veille du premier anniversaire de l’adoption de l’accord. Cette ratification rapide de l’accord a ainsi permis de "contenir l’effet de l’élection de Donald Trump", et de "réussir ce premier test de résistance" lors de la COP 22, poursuit le DG du WWF France. Les États-Unis semblant se désengager de la lutte contre le changement climatique, reste à savoir quel pays assumera désormais le leadership sur cette question, poursuit-il, de même que l’ambassadrice française pour les négociations climatiques Laurence Tubiana. Tous deux estiment qu’Angela Merkel, dont le pays assurera la présidence du G20 de juillet 2016, semble la mieux à même d’endosser ce rôle.

"Le premier enjeu de l’année 2016 a été celui de la ratification de l’accord de Paris. L’essentiel du capital politique a été mobilisé pour obtenir sa ratification rapide, qui permet de sécuriser les étapes à venir", analyse auprès d’AEF le DG du WWF France, Pascal Canfin, à l’occasion du premier anniversaire de l’adoption de l’accord de Paris, le 12 décembre 2016.

2016, année de consolidation de l’accord de Paris

117

Au 12 décembre 2016, 117 parties ont ratifié l’accord de Paris, la dernière en date étant la Zambie, le 9 décembre 2016.

L’accord a également enregistré une signature supplémentaire, celle de l’Irak, le 8 décembre 2016. 194 parties ont désormais signé l’accord, sur 197.

Quelques jours après l’entrée en vigueur de l’accord, le 4 novembre 2016, Donald Trump, candidat républicain climatosceptique, a été élu à la tête des États-Unis. Un "test de vérité qui est arrivé tôt", selon l’ambassadrice française pour les négociations climatiques, Laurence Tubiana, s’exprimant lundi 12 décembre, à trois jours de quitter sa fonction d’ambassadrice, en marge d’une conférence du ministère des Affaires étrangères et de l’académie diplomatique internationale sur "les leçons de la COP 21 pour la gouvernance globale".

"Il a alors fallu consacrer à nouveau toute l’énergie politique à la sécurisation de l’accord", explique Pascal Canfin, DG du WWF. "Cela a été la mission de la COP 22 de Marrakech (lire sur AEF) : contenir l’effet de l’élection de Donald Trump, réussir ce premier test de résistance et envoyer le message - de la Chine, de l’Arabie saoudite et d’autres pays émergents - que quelle que soit la décision des États-Unis, les engagements seront suivis".

pas d’accélération, mais de bonnes nouvelles

"Cette année a donc été une année de consolidation de l’accord de Paris, et non une année permettant d’aller plus loin et plus vite, d’augmenter les ambitions", regrette-t-il.

Toutefois, la COP 22 a montré l’irréversibilité de l’accord de Paris, poursuit Pascal Canfin. "Et si l’on arrive à résister à l’élection d’un président climatosceptique aux États-Unis, cela signifie que l’on peut résister à beaucoup", observe le DG du WWF France. Il cite également "de bonnes nouvelles", telles que "l’accord intéressant" trouvé sur l’aviation (lire sur AEF), et souligne que les résultats de la task force de Michael Bloomberg (lire sur AEF), qui doit donner "une nouvelle grammaire" à la finance internationale en matière de climat, sont attendus cette semaine.

Un accord avec des forces et des faiblesses

L’ambassadrice française chargée des négociations climatiques, Laurence Tubiana, rappelle de son côté que l’accord présente des "facteurs de faiblesse et de force". Au titre des faiblesses, Laurence Tubiana mentionne le fait que l’accord a pu aboutir grâce à une "dynamique américano-chinoise qui disparaît". En outre, si les pays se sont engagés sur des procédures, par exemple, publier leur contribution nationale, les objectifs quantifiés y étant présents ne sont pas contraignants.

Cependant, plusieurs "facteurs de force" sont en présence. Car ce sont 189 pays qui ont publié leurs contributions nationales. En outre, "aux côtés du leadership américano-chinois, d’autres coalitions ont soutenu l’accord, telles que la coalition pour une haute ambition, et des groupes régionaux se sont organisés, l’Amérique latine, l’Afrique, entraînant les pays du Golfe", rappelle Laurence Tubiana. Ceci entraîne ainsi une "distribution des obligations" entre les différents pays, et qui explique que "l’accord ne va pas disparaître".

l’objectif de 2°C en danger ?

"Tous les pays ont commencé un débat sur leur plan climat", ajoute l’ambassadrice, et d’autres acteurs que les États sont mobilisés, à commencer par les entreprises et les collectivités locales. "C’est un ensemble, un mouvement, et pas seulement un texte d’accord", souligne Laurence Tubiana.

Pour autant, "si on a une présidence Trump de quatre ans, les dégâts [pour le climat] seront limités, mais si cette présidence dure 8 ans, on risque de voir se fermer la fenêtre des 2°C", prévient Laurence Tubiana.

Un "nouveau cycle" s’ouvrira vers 2018

Les enjeux de 2018

Outre le bilan mondial organisé lors de la COP 24 de 2018, présidée par la Pologne, le Giec publiera son rapport sur les conséquences d’un réchauffement des températures d’1,5°C en 2100 par rapport à celles de l’ère pré-industrielle (lire sur AEF).

Lors de la COP 22 de Marrakech, les négociateurs se sont également quittés sur un accord fixant à 2018 la fin des discussions sur l’application de l’accord de Paris (lire sur AEF).

L’année 2016 achevée, "cela ouvre une nouvelle séquence, un nouveau cycle de deux ans qui nous mène en 2018", poursuit Pascal Canfin. Selon l’accord de Paris, c’est lors de la COP 24 de 2018 que sera organisé le premier bilan mondial, ou dialogue de facilitation (1), qui doit permettre de renforcer l’ambition de chaque partie.

"Cette période va permettre de voir comment chacun des acteurs - États, collectivités, entreprises - se dote, formalise, structure, finance son plan de bataille 2°C", attend Pascal Canfin. Les INDC, intentionnelles, vont se transformer en NDC, contributions nationales déterminées. Puis, "2018 sera un grand moment où l’on pourra exiger des acteurs ayant pris des engagements lors de la COP 21 qu’ils rendent des comptes et disent où ils en sont".

Angela Merkel pour endosser le leadership sur le climat ?

Tandis que Donald Trump vient de nommer le climatosceptique Scott Pruitt à la tête de l’Agence fédérale de protection de l’environnement (lire sur AEF) et qu’il pourrait nommer Rex Tillerson, PDG d’Exon Mobbil, au poste de secrétaire d’État, Laurence Tubiana interroge : "qui va faire percevoir à la nouvelle administration américaine qu’il est plus coûteux" de sortir de l’accord que d’y rester en tant qu'"élément silencieux" ? "Le président chinois Xi Jinping l’a dit à plusieurs reprises, il veut tenir [les engagements de son pays] mais pas seul." Aussi, selon Laurence Tubiana, "tous les regards se tournent vers l’Europe".

Or, la France, en pleine année électorale, n’aura "pas les moyens de mener une action diplomatique en ce sens", affirme-t-elle. Cette tâche de conviction politique va ainsi "certainement retomber sur les épaules d’Angela Merkel, chancelière allemande", dont le pays va assurer la présidence du G20, les 7 et 8 juillet 2017 à Hambourg. Pascal Canfin ajoute que sur le sujet du climat, Angela Merkel "a une très grande légitimité parmi ses pairs". L'Allemagne connaîtra également une année électorale en 2017 avec les élections fédérales prévues en septembre. Angela Merkel sera la candidate de la CDU à sa propre succession pour un quatrième mandat à la tête du pays.

Laurence Tubiana évoque également l’éventuelle mobilisation du président de la Commission européenne, Jean-Claude Juncker, en faveur du climat, tandis qu’un sommet UE-Chine doit avoir lieu en juin 2017.

(1) Fixé pour la COP 24, le dialogue de facilitation vise à "faire le point en 2018 des efforts collectifs déployés par les parties en vue d’atteindre l’objectif à long terme [contenir le réchauffement climatique bien en dessous des 2°C] et à éclairer l’établissement des contributions déterminées au niveau national".

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Émilie Legendre, journaliste