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Climat : après l’élection de Donald Trump à la tête des États-Unis, quelles conséquences pour l’accord de Paris ?

L’élection à la présidence des États-Unis de Donald Trump représente "un affaiblissement clair de l’accord de Paris", juge Pierre Radanne, président de l’association 4D, le 9 novembre 2016. Le candidat républicain qui proposait lors de sa campagne "d’annuler" l’accord de Paris a été élu 45e président des États-Unis dans la nuit de mardi à mercredi. Tandis que la COP 22 s’est ouverte à Marrakech le 7 novembre, nombreux sont les acteurs à vouloir croire que cette élection n’empêchera pas l’accord d’être mis en œuvre. Ils évoquent notamment une dynamique internationale qui reste "forte", renforçant ainsi la solitude du pays s’il décidait de "sortir" de l’accord de Paris. Reste cependant à voir comment réagira la Chine, pays ayant dernièrement joué avec les États-Unis un rôle moteur en faveur du climat.

Quelques heures après l'élection du républicain Donald Trump à la tête des États-Unis, plusieurs acteurs des négociations climatiques présents à Marrakech décrivent une communauté "abasourdie". "C'est une très mauvaise nouvelle à ce stade", réagit auprès d’AEF Ronan Dantec, sénateur de Loire-Atlantique à l’origine du sommet des acteurs non-étatiques Climate Chance.

Durant sa campagne, le candidat républicain a en effet plusieurs fois répété que le changement climatique était "un canular" inventé par la Chine pour brider l’essor économique du pays et qu’en cas de victoire, il n’hésiterait pas à "annuler" l’accord de Paris (lire sur AEF). Il s'est également prononcé pour une levée des restrictions sur les énergies fossiles et la suppression des aides aux énergies renouvelables (lire sur AEF).

Pour autant, il est trop tôt pour "préjuger de ce que lui et son administration feront", d’autant que "la dynamique internationale" autour de l’accord de Paris "est très forte". "Sortir de l’accord serait vraiment s’isoler", estime auprès d’AEF une source proche des négociations. Alden Meyer, directeur de la stratégie de l’Union des citoyens et scientifiques pour des solutions environnementales (Union of concerned scientists), espère quant à lui que "le président sera différent du candidat qu’il a été". Quant à David Waskow, du think tank américain WRI, il analyse cette élection comme "un référendum pour le changement mais pas contre le changement climatique".

Les États-Unis peuvent-ils sortir de l’accord de Paris ?

Pour autant, les États-Unis pourraient-ils réellement se soustraire à leur engagement ? Barack Obama a signé un décret présidentiel permettant au pays de ratifier l’accord de Paris, le même jour que la Chine, le 3 septembre 2016 (lire sur AEF). Selon l’accord, tout pays ayant ratifié l’accord ne peut se désengager avant 4 ans, soit la durée d’un mandat présidentiel aux États-Unis (1). La règle est la même pour dénoncer la convention climat (2), mais celle-ci étant entrée en vigueur il y a plus de trois ans, le 21 mars 1994, les États-Unis pourraient s'y soustraire dès janvier 2018.

Pierre Radanne évoque aussi la possibilité pour Donald Trump de signer un nouveau décret présidentiel annulant celui venant d’être signé par Barack Obama, ouvrant alors la voie "à une période de grande confusion".

"Telle l’annonce en février 2001 du retrait des États-Unis du protocole de Kyoto, cela pourrait avoir un effet dévastateur", affirme Pierre Radanne. "On peut craindre qu’un certain nombre de pays n’étant pas emballés par l’accord de Paris en profitent pour se mettre à l’écart, notamment un certain nombre de grands pays pétroliers", fait remarquer Pierre Radanne. Les Émirats arabes unis et l’Arabie saoudite ont cependant ratifié l’accord de Paris, respectivement le 21 septembre et le 3 novembre derniers.

Le secrétaire général des Nations unies, Ban Ki-moon, assure dans un communiqué que "les Nations unies comptent sur la nouvelle administration pour renforcer la coopération internationale à un moment où nous nous efforçons ensemble de défendre des idéaux partagés, de combattre le changement climatique, de promouvoir les droits de l'Homme et la mise en œuvre des ODD pour obtenir la paix, la prospérité et la dignité pour tous". Quant au président de la COP 22, Salaheddine Mezouar, il affirme "que la question du changement climatique transcende les clivages politiques". Il est ainsi "convaincu que l'ensemble des parties respecteront leurs engagements et resteront dans la course de cet effort collectif pour la planète". Il s'engage à "poursuivre les discussions" et à continuer de "mobiliser l'ensemble des parties", et ce, "de façon inclusive et déterminée, particulièrement avec la nouvelle administration américaine".

le "business des renouvelables" devenu inévitable

Nombre d’acteurs font remarquer que l’accord de Paris, entré en vigueur le 4 novembre (lire sur AEF), est "un accord vivant". "D’un point de vue économique, toute une série de coalitions, d’initiatives thématiques associant des États, des industries, des groupements professionnels, des banques, des territoires, des ONG ont été créées pour mettre en œuvre l’accord", souligne Pierre Radanne. "Et les financements vont passer par là. Les entreprises américaines et notamment les plus grandes ont exprimé très tôt leur inquiétude" en cas d’une victoire du candidat républicain, car "si les marchés prennent cette direction vers les investissements bas carbone et que le pays sort de l’accord de Paris, il sera extrêmement difficile pour ces entreprises de vendre leurs produits", poursuit-il.

Pierre Radanne ajoute : "Si le protocole de Kyoto n’engageait que des pays développés, l’accord de Paris engage des pays développés et des pays en développement. Économiquement, ces signataires pèsent plus lourd que ceux du protocole de Kyoto".

Les ONG du CAN soulignent également l’importance des politiques entreprises au niveau des villes et des États américains, dont certains, qu’ils soient démocrates ou républicains, tels la Californie ou le Texas, ont fait le choix d’investir dans les énergies renouvelables. Choix qui ne devrait pas être remis en cause par l’arrivée de Donald Trump au niveau fédéral. D’autant qu’il existe "un vrai business des renouvelables", ces sources d’énergies devenant de plus en plus compétitives face aux énergies fossiles. L’AIE a d’ailleurs récemment indiqué qu’en 2015, pour la première fois, les nouveaux raccordements ont fait des énergies renouvelables la première source d’électricité installée devant le charbon. Le dynamisme venant tout particulièrement des États-Unis, de la Chine, de l’Inde et du Mexique.

Quel impact sur les négociations en cours à Marrakech ?

Commencée le 7 novembre, la COP 22 connaîtra-t-elle le même sort que la COP 6 de 2000 ? Celle-ci s’était déroulée une semaine après l’élection de George Bush et avait été suspendue, face à trop "d’incertitudes" quant à l’engagement des États-Unis envers le protocole de Kyoto.

Pascal Canfin, directeur général du WWF France, l’affirme : "Aujourd’hui et pour quelques jours, il va y avoir un effet de sidération. On peut difficilement imaginer des avancées techniques dans ce contexte." Cependant, les chefs d’État et de gouvernement sont attendus les 15 et 16 novembre à Marrakech pour le segment de haut niveau. "Ce sera le moment de réaffirmer - je l’espère - leur engagement dans le cadre de l’accord de Paris, qui formellement ne commence qu’en 2020", poursuit Pascal Canfin. Mais, pour lui, "il n’y a pas de raison de stopper un processus qui commence en 2020 pour un événement qui arrive en 2016", d’autant que l’accord de Paris n’a pas été adopté "pour faire plaisir aux Américains".

Pour Pierre Radanne, l’élection de Donald Trump "ne pose pas vraiment de problème" pour la COP 22. Il rappelle qu'"en février 2001, George Bush a annoncé sortir du protocole de Kyoto. Dans la tête de Bush les négociations étaient pliées. Or, lors de la COP suivante, qui d’ailleurs se déroulait à Marrakech, on a poursuivi le travail. Personne n’était sorti du protocole. Ça n’a pas été du tout la débandade". En outre, aujourd’hui, "les pays en développement tiennent à l’accord de Paris".

Ronan Dantec rappelle, lui, qu’il est "trop tôt pour mesurer les conséquences" de cette élection sur les négociations en cours. Il n’est d’ailleurs pas impossible pour lui que "l’administration Obama mette les bouchées doubles lors de cette COP pour que le plus d’avancées possibles puissent être actées".

Quel rôle pour la Chine ?

Ces dernières années, les États-Unis et la Chine ont porté ensemble les négociations climatiques, en publiant plusieurs déclarations communes en amont de la COP 21, puis en ratifiant l’accord à la même date, et en publiant ensemble les deux premiers examens par les pairs de leurs subventions aux combustibles fossiles (lire sur AEF).

Dès lors, l’alternance à la tête des États-Unis pourrait "compliquer le débat interne en Chine", indique une source proche des négociations à AEF, "les pro-climat s’aidant mutuellement dans les deux pays, le développement des énergies renouvelables pourrait être freiné en Chine". Pour autant, "le pays connaît également une dynamique interne locale, liée à la lutte contre la pollution de l’air".

Lors d’une conférence de presse à Marrakech, Li Shuo, pour Greenpeace China, a également affirmé que son pays allait continuer à travailler à la question du changement climatique, étant confronté à "des préoccupations nationales" telles que la pollution de l’air et la sécurité alimentaire.

Et pour l’Europe ?

Selon Pascal Canfin, sur le plan international, cette élection pourrait soit créer un "effet domino", soit créer un "effet de substitution". Dans le premier cas, "la Chine pourrait se dire que puisqu’elle conditionnait sa participation aux négociations à celle de l’ensemble des États, vu que les États-Unis se désengagent alors elle aussi devrait se désengager". Dans le second cas, la Chine pourrait considérer qu’il y va "de son intérêt" de s’engager pour le climat : elle pourrait alors "décider de jouer le rôle de leader en matière de climat, ainsi que les Européens".

Le commissaire européen chargé de l’énergie et du climat Miguel Arias Canete a d’ailleurs assuré ce jour sur Twitter que "le monde peut compter sur l’UE pour continuer de guider l’action en faveur du climat et de conduire la transition énergétique mondiale" :

Célia Gautier, responsable des politiques européennes et internationales au RAC France a affirmé durant une conférence de presse que cette élection américaine était "un appel au réveil" de l’Union européenne, lui demandant de renforcer encore l’ambition du "paquet 2030".

(1) Selon l'article 28 de l'accord de Paris: "À l’expiration d’un délai de trois ans à compter de la date d’entrée en vigueur du présent accord à l’égard d’une partie, cette partie peut, à tout moment, le dénoncer par notification écrite adressée au dépositaire. Cette dénonciation prend effet à l’expiration d’un délai d’un an à compter de la date à laquelle le dépositaire en reçoit notification, ou à toute date ultérieure pouvant être spécifiée dans ladite notification. Toute partie qui aura dénoncé la convention sera réputée avoir dénoncé également le présent accord."

(2) Article 25 de la convention.

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Émilie Legendre, journaliste