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Primaire de droite : le comparatif des programmes des candidats en matière d'enseignement supérieur

L’enseignement supérieur reste le grand absent du débat entre les sept candidats à la primaire de la droite et du centre depuis quelques semaines : il n’a par exemple pas été mentionné une seule fois lors du débat télévisé organisé hier soir, jeudi 3 novembre 2016, qui portait sur la thématique des fonctions régaliennes de l’État. AEF propose dès lors un comparatif des propositions des candidats en matière d’enseignement supérieur, à partir de leurs programmes écrits. Il ressort que tous mettent l’accent sur l’université, n’évoquant presque jamais, pour la plupart, les grandes écoles. Si tous veulent un acte II de l’autonomie, des nuances se font jour sur trois sujets clé : la sélection à l’entrée de l’université, le niveau des droits d’inscription et la liberté de recrutement des enseignants-chercheurs.

Quelle place pour l’enseignement supérieur dans les programmes ?

L’enseignement supérieur n’occupe pas la même place dans tous les programmes des candidats : si Alain Juppé souhaite faire de l’éducation la "mère des réformes", Nathalie Kosciusko-Morizet ne formule par exemple qu’une seule proposition en la matière dans son programme (augmenter les droits d’inscription) et Jean-Frédéric Poisson n’en parle pas du tout. Nicolas Sarkozy n’y consacre que 5 pages à la fin de son livre "Tout pour la France", mais en tant que président de LR, il a cependant été à l’origine d’une convention sur ce sujet en avril dernier, qui a émis une série de propositions (lire sur AEF). Quatre candidats ont produit un programme spécifique sur l’enseignement supérieur (30 pages chez Alain Juppé, 10 pages chez François Fillon, 7 pages chez Jean-François Copé et 6 chez Bruno Le Maire).

Priorité à l’université

À l’exception de Bruno Le Maire qui indique dans son programme que "le modèle des grandes écoles doit être conforté" - sans plus de précision - tous les candidats se concentrent sur "l’université". L’entourage d’Alain Juppé explique à AEF avoir jugé que "même s’il y a des problèmes, les grandes écoles se portent relativement bien" et que "ce n’est donc pas sur elles que doivent porter prioritairement les efforts de la nation". Quant à la recherche, quand elle est abordée, elle est traitée à part de l’enseignement supérieur, exception faite de François Fillon.

Les candidats partagent le socle commun défini lors de la convention de Les Républicains d’avril dernier (lire sur AEF). Ils sont par exemple pour une différenciation plus forte du paysage de l’enseignement supérieur, avec des "collèges professionnels" à bac + 3 (DUT, BTS, licence pro), des "universités de proximité" et des "grandes universités de recherche à rayonnement mondial". La plupart manifestent également leur souhait de développer l’alternance et l’apprentissage dans le supérieur. Mais si tous promettent un acte II de l’autonomie des universités, des nuances se font jour sur les degrés de cette autonomie, concernant notamment deux aspects : les droits d’inscription et la sélection à l’entrée de l’université.

Sélection à l’entrée à l’université

Le sujet le plus mis en avant dans les différents programmes est en effet celui de l’échec en licence, auquel les candidats opposent l’instauration d’une "orientation" plus dirigiste voire d’une "sélection". C’est la première fois que la droite s’affiche ouvertement en faveur de la sélection à l’entrée à l’université, sujet longtemps resté "tabou" et politiquement risqué : en 2007, l’UMP refusait ouvertement cette idée (lire sur AEF). Il existe toutefois des nuances entre les candidats : Nicolas Sarkozy veut une liberté totale de sélection pour les universités, fondée sur "le mérite", estimant qu' "accepter tout le monde […] est une démission de l’État". Jean-François Copé, qui met également en avant la notion de "mérite", veut organiser la sélection pendant l’année de terminale, avec une épreuve d’admissibilité sur dossier (livret scolaire), deux épreuves écrites d’admission (dans les disciplines phares du cursus envisagé) et enfin un entretien oral d’admission.

Trois candidats ne prononcent en revanche pas le mot de "sélection" mais prônent une "orientation" plus contrainte. François Fillon parle de "retenir" les élèves sur "prérequis" et "talents" dans les filières en tension en licence. Quant à Bruno Le Maire, il souhaite réorganiser les flux et inverser d’ici à 5 ans les proportions entre l’enseignement supérieur court (300 000) et long (200 000). Cela passe par "une refonte complète de l’orientation à partir du collège" et la nécessité pour les universités de faire connaître les "prérequis" à l’entrée en licence et les taux d’employabilité des filières proposées.

Les propositions d’Alain Juppé en faveur d’une "orientation vers la réussite" sont plus détaillées : il souhaite la mise en place d’un "outil big data" permettant d’établir un lien entre le profil de l’élève et certains métiers et d’en "déduire les propositions d’orientation". L’élève serait ensuite reçu en entretien par son professeur principal accompagné d’un membre de la Comue de son bassin. Le portail APB, revu pour intégrer les différents critères, proposera une affectation au deuxième trimestre de la terminale. Les élèves non retenus se verront alors proposer trois choix d’orientation au niveau académique, avec obligation de retenir l’un deux. Enfin, les universités pourront créer des "filières de réussite", c’est-à-dire des cursus de propédeutique pour les élèves n’ayant pas les bases académiques suffisantes, et elles seront libres d’y orienter les élèves qu’elles veulent.

Augmenter le financement privé

Autre sujet mis en avant dans les différents programmes : permettre aux universités d’augmenter leurs droits d’inscription afin d’augmenter leurs ressources. Les candidats actent en effet le contexte actuel de contrainte budgétaire pour le pays : alors que le mot d’ordre de l’UMP était celui d' "investissements massifs" dans l’ESR en 2012 (lire sur AEF), après une augmentation de 15 milliards sur 5 ans promise durant la campagne de 2007 (lire sur AEF), aucune priorité budgétaire publique n’est affichée aujourd’hui : Bruno Le Maire précise que toute réforme se fera "à budget constant". Seul François Fillon se prononce, prudemment, pour un maintien et "si possible une augmentation" du financement de l’État, pour notamment financer une revalorisation des salaires des maîtres de conférences débutants. Tous estiment que le développement doit se faire via l’augmentation du financement privé, les établissements devant développer leurs "ressources propres". Alain Juppé et François Fillon citent ainsi les contrats de recherche partenariale, la formation continue, les fondations et chaires d’entreprise, la valorisation du patrimoine ou encore la mobilisation des alumni.

Mais si tous se prononcent pour une hausse des droits d’inscription, là encore des nuances existent. Nicolas Sarkozy, Bruno Le Maire, Jean-François Copé et Nathalie Kosciusko-Morizet plaident pour des "droits libres" quel que soit le niveau d’étude, alors qu’Alain Juppé et François Fillon souhaitent maintenir des droits faibles en licence et ne laisser de liberté aux universités qu’à partir du master. La plupart des candidats proposent toutefois que l’État garantisse une fourchette afin d’éviter l’apparition de "sommes astronomiques" comme Outre-Atlantique. Et Bruno Le Maire et Nathalie Kosciusko-Morizet avancent l’idée de droits modulés en fonction du revenu des parents, à l’image de ce qui se pratique à Sciences Po Paris.

Seul Jean-François Copé reprend à son compte l’idée des "prêts garantis par l’État" dont "le remboursement à taux zéro est différé et conditionnel", formule défendue de longue date par l’économiste Alain Trannoy (lire sur AEF) et qui était déjà proposée lors de la campagne de 2012 (lire sur AEF).

Autonomie de recrutement

Un autre volet de l’autonomie des universités concerne la gestion des ressources humaines. Alain Juppé évoque "une autonomie renforcée sur le plan des ressources humaines" quand Nicolas Sarkozy prône "la liberté de recrutement des enseignants français comme étrangers", tout comme François Fillon, qui demeure le plus prolixe sur cette question. Il consacre en effet un chapitre de son programme aux "enseignants-chercheurs", appelant à "revoir leur statut de fonctionnaire" jugé inadapté à la mobilité internationale. La liberté des universités en matière de recrutement serait contrainte par deux règles : un avis favorable préalable du HCERES et l’interdiction du localisme. Le candidat appelle également à revoir, dans l’immédiat, le mode de désignation des membres du CNU et à imposer une évaluation des enseignants-chercheurs ayant des conséquences en termes de carrière.

Un autre principe partagé par les candidats est celui de la réduction du nombre de fonctionnaires - même si les échelles ne sont pas exactement les mêmes (de 250 000 sur le quinquennat pour Alain Juppé à un million sur 10 ans pour Bruno Le Maire) - ce qui pourrait mécaniquement toucher le monde de l’enseignement supérieur.

Des clivages sur des sujets de société

Les différences les plus marquantes entre les candidats se font jour sur des sujets plus périphériques mais sur lesquels se polarise le débat médiatique, comme la question du voile à l’université. Ce thème n’apparaît que dans le programme de Nicolas Sarkozy, mais tous les autres candidats ont été amenés à se positionner sur cette question dans le cadre d’interviews. Ainsi, Nicolas Sarkozy, Jean-François Copé et Nathalie Kosciusko-Morizet se prononcent clairement pour une interdiction de tout signe religieux à l’université quand Alain Juppé, François Fillon et Bruno Le Maire estiment qu’il n’y a pas lieu de légiférer et d’interdire aux jeunes filles voilées l’accès à l’université.

Nicolas Sarkozy a également fait le choix de mettre dans son programme l’instauration d’un service militaire obligatoire pour tous les décrocheurs de 18 à 25 ans, avec menace de suspension de toute aide sociale en cas de refus.

Les programmes détaillés des différents candidats

  • Nicolas Sarkozy : son livre "Tout pour la France" (lire sur AEF)

La convention des Républicains sur l’enseignement supérieur et la recherche s’est en outre tenue en avril 2016 (lire sur AEF).

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Anne Mascret, journaliste