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"Pourquoi la confirmation des trois idex n’a-t-elle pas été célébrée publiquement à l’Élysée ou à Matignon ?" (J-M Rapp)

"Pourquoi la confirmation des trois idex définitives n’a-t-elle pas été célébrée publiquement à l’Élysée ou à Matignon et largement communiquée en France ou à l’étranger ?", s’interroge Jean-Marc Rapp, président du jury idex, lors d’une intervention à l’Académie des technologies le 14 septembre 2016 et dont la vidéo a été mise en ligne le 5 octobre. À cette occasion, sans évoquer "les cas individuels", il tire "trois leçons" de ce programme. La première est le manque de communication et le fait qu' "au fond, il y a une honte de la différenciation, donc on s’abstient de communiquer". La seconde est la "dynamique remarquable" qui est à l’œuvre dans le système français. Et enfin, le fait que les universités françaises ne disposent pas assez d’autonomie, notamment en matière de recrutement de leurs personnels, "facteur clé de succès".

Visibilité internationale des isite

"Il est tout à fait possible, et à mes yeux assez probable, qu’une isite français atteigne, dans ses domaines, une visibilité internationale supérieure à une idex. Je prends le pari que cela risque d’arriver."

"Nous ne sommes pas à la fin du programme", relève Jean-Marc Rapp, président du jury idex, invité à une séance de l’Académie des technologies dont la vidéo a été mise en ligne le 5 octobre. "Après la sélection des derniers projets en février 2017, il restera à examiner les trois idex probatoires (PSL et Saclay dans un an et demi et Sorbonne U dans deux ans) ainsi que les "futures périodes probatoires" des idex du PIA 2. Pour autant, il tire "trois leçons" de ce processus qui a démarré en 2010 (voir le dossier sur le site d’AEF).

Des améliorations, certes lentes, mais une dynamique "remarquable"

Jean-Marc Rapp se fait ici le "porte-parole" du jury qui, unanimement, considère que "ce programme a permis de fédérer des acteurs différents par des projets remarquablement travaillés et de les réunir autour d’ambitions mobilisatrices. Même pour les projets non retenus, il a introduit des progrès considérables dans l’élaboration des stratégies d’établissement, de l’analyse des forces et faiblesses à la définition du meilleur périmètre de collaboration." Il constate "une amélioration continue des documents et des explications" et "une dynamique d’autant plus remarquable" qu’elle s’est réalisée dans un "environnement agité". Et de citer la loi de 2013, les Comue, les contrats de site, les "procédures qualité" du HCERES… Ainsi, "depuis 6-7 ans, on a pu mesurer les progrès, vagues après vagues, et le jury est optimiste. Même si cela ne va pas vite. C’est normal que les progrès soient lents."

Peu de communication : une "honte de la différenciation"

Selon Jean-Marc Rapp, "la communication n’a pas mis assez en valeur ce programme et ses réussites : le PIA et les idex sont des ovnis pour la presse française et parfois aussi pour la communauté académique. Les grands journaux ne s’y intéressent pas. C’est regrettable car c’est un développement important pour l’avenir du pays, conduit avec relativement peu de polémique, par deux gouvernements de couleur politique différente et dont le pays devrait être fier en ces temps de sinistrose. C’est encore pire quand on voit ça de l’étranger : je suis au regret de vous dire que la perception de la France n’a pas été mise à jour suite à cet effort considérable."

"Pourquoi si peu de communication sur ce processus ? Pourquoi la confirmation des trois idex définitives n’a-t-elle pas été célébrée publiquement à l’Élysée ou à Matignon et largement communiquée en France ou à l’étranger ?", s’interroge-t-il. L’une des explications, selon lui, c’est "la crainte des gouvernements successifs de proclamer haut et fort l’émergence d’un système universitaire beaucoup plus différencié, dans un pays où l’égalité paraît être la devise nationale la plus révérée. Au fond, il y a une honte de la différenciation, donc on s’abstient de communiquer, ou on le fait le moins possible."

Il souligne aussi que "le choix du nom et des acronymes n’aide pas non plus la communication : les idex, à l’étranger, ça n’évoque pas grand-chose, alors que les universités françaises d’excellence ou les universités de recherche intensive, cela parlerait aux gens".

L’autonomie, facteur de succès, encore à renforcer en France

Si l’objectif du PIA était de "vouloir détrôner les têtes des classements (Harvard, MIT, Caltech…), la cible serait hors d’atteinte car ces établissements disposent de budgets extrêmement importants pour un nombre relativement modeste d’étudiants. Ça dépasse souvent 2 milliards de dollars par an. En Europe, très peu d’universités atteignent 1 milliard par an. Il faut donc être un peu réaliste." En revanche, "s’il s’agit de concurrencer les pays européens qui placent une partie de leurs étudiants dans des universités bien ou très bien classées - c’est ça la clé du succès - comme le Royaume-Uni, les pays scandinaves ou la Suisse, cet objectif est atteignable. Mais une condition essentielle doit être mieux remplie : c’est l’autonomie des universités", assure Jean-Marc Rapp. C’est "une question cruciale et un facteur clé de succès". "Il est prouvé que l’autonomie n’est pas ou peu une question d’idéologie politique mais un facteur d’efficacité de l’action publique."

"Le jury n’est pas l’artificier du système"


"Pourquoi n’avez-vous pas dit aux gouvernements que la structure des universités françaises était strictement incompatible avec des universités d’excellence", interroge un intervenant toulousain, évoquant l’autonomie de recrutement, la sélection, les droit d’inscription ou les salaires des enseignants. "Le jury n’a pas vocation à être l’artificier du système, ni le fou du roi", répond Jean-Marc Rapp, qui ajoute : "J’ai énoncé ici, à fleuret moucheté, ce que beaucoup de membres du jury pensent. Nombreux sont ceux aussi, dans les gouvernements avec lesquels j’ai parlé, qui pensent peu ou prou la même chose. Mais il semble que ce sujet soit relativement compliqué à aborder frontalement dans une discussion publique. On voit que la dernière réforme de 2013 avec les Comue a généré pas mal d’anticorps."

Dans ce domaine, "la France pourrait mieux faire", comme le montre l’étude de lEUA réalisée en 2011 - après la loi LRU - et qui va être actualisée en avril prochain au congrès de Bergen. Il rappelle en effet que "la France est 17e pour l’autonomie organisationnelle, 23e pour l’autonomie financière, 28e pour l’autonomie en matière de ressources humaines, et 29e pour l’autonomie académique… sur 29 (lire sur AEF). Les pays les mieux classés par l’EUA - Suède, Danemark, Finlande - ne sont pas des pays auxquels on accole une étiquette néolibérale. Et si vous regardez tous les classements, vous verrez que toutes les universités européennes bien classées ont une autonomie importante. En d’autres termes, l’autonomie double la valeur de l’euro investi."

Admettant avancer "en terrain miné", Jean-Marc Rapp souligne les nombreuses "restrictions en matière d’autonomie de gestion des RH", prenant l’exemple du "recrutement des jeunes professeurs qui requiert l’aval du CNU". "Je peux vous dire que les universités en Suède, au Danemark ou au Royaume-Uni ne songeraient pas une seconde à accepter d’aliéner leur liberté de recrutement ou de promotion de leurs personnels. Cela a permis à l’EPFL de progresser très sensiblement ces dernières années en utilisant systématiquement la tenure track - que l’on peut traduire par 'processus de pré-titularisation conditionnelle' (lire sur AEF). Elle a renouvelé 70 % de son corps enseignant en 10 ans et sur ces 70 %, la moitié ont été recrutés par cette procédure, qui est aujourd’hui impossible dans la plupart des établissements français."

Il plaide pour que "la réflexion, et surtout l’action, visant à l’accroissement de l’autonomie des universités françaises soient poursuivies". S’il se dit satisfait que, dans son communiqué d’annonce de la confirmation des idex, "le gouvernement [ait] annoncé, certes de façon vague et discrète, son intention de faciliter la vie des établissements primés" (lire sur AEF), il estime "il n’y a pas de raison de limiter, en tout cas à terme, cet effort aux seuls établissements labellisés".

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Anaïs Gérard, journaliste