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La question se pose de savoir si la science française va se maintenir ou décrocher (Alain Fuchs et Yves Lévy)

"La question qui se pose à la France est de savoir si sa recherche va pouvoir se maintenir au niveau ou si elle va décrocher", déclare le président du CNRS, Alain Fuchs, à l’occasion d’une présentation à la presse d’un "livre blanc" sur les sciences du vivant au XXIe siècle, jeudi 22 septembre 2016, à paraître début 2017 (lire sur AEF). Il rappelle que le budget de la recherche française a été "maintenu" depuis dix ans quand celui de l’Allemagne a augmenté de 75 %. "Continuer à être acteur de la science ou en devenir spectateur : telle est la question majeure que nous nous posons et que nous posons aux pouvoirs publics", renchérit Yves Lévy, président de l’Inserm. Le livre blanc que les deux organismes sont en train de préparer, en partenariat avec le CEA et l’Inra, vise ainsi à éclairer la société sur les "révolutions attendues" des sciences du vivant et ce qu’elle peut en attendre.

"Nos collègues étrangers, aux États-Unis et en Europe, ont de la recherche française une image d’excellence", témoigne Yves Lévy, président de l’Inserm, lors d’une présentation le 22 septembre d’un livre blanc en cours de préparation sur les sciences du vivant. "Mais ils se demandent aussi, avec un peu d’admiration, comment nous y arrivons, avec notre organisation et nos financements. Pour ce qui est de l’organisation, nous avons fait beaucoup de progrès ces dernières années, et nous arrivons maintenant à parler d’une voix commune. Pour ce qui est des financements, ils ne sont pas seulement de notre fait. Mais il est vrai que l’on s’épuise et les lois de l’évolution nous ont appris que ceux qui ne sont pas aptes à s’adapter rapidement ont vocation à disparaître."

PAS DE SOCIÉTÉ PROSPÈRE SANS RECHERCHE DE QUALITÉ

"Ce livre blanc s’inscrit dans le contexte plus large de la recherche scientifique et de son avenir en France", déclare pour sa part Alain Fuchs, président du CNRS, soulignant qu' "il ne saurait y avoir de société prospère sans une recherche de qualité". "Nous devons nous mobiliser pour garder notre rang. On peut décrocher en quelques années, et nos concurrents ne nous attendront pas", ajoute-t-il.

Le livre blanc sur les sciences du vivant


"Une centaine de chercheurs de nombreux laboratoires se mobilisent pour produire cet ouvrage, qui présente les grands tournants des sciences du vivant et les promesses qu’elles portent pour le siècle à venir", indique sa coordinatrice, Catherine Jessus, directrice de l’INSB du CNRS. Intitulé "Étonnant vivant. Découvertes et promesses du XXIe siècle", il paraîtra en janvier 2017 chez CNRS Éditions.

Or, comme le rappelle Catherine Jessus, directrice de l’INSB (Institut des sciences biologiques) du CNRS et coordinatrice du livre blanc, "les applications de la recherche peuvent jaillir de manière insoupçonnée, parfois longtemps après de premiers travaux de recherche non finalisée, ainsi que cela se produit aujourd’hui avec la technique d’édition du génome CRISPR-Cas9". "La recherche finalisée est nécessaire, mais ne nous enfermons pas dans la recherche programmée, laissons la place au long terme et à la prise de risque."

SE DONNER LA CAPACITÉ DE RÉFLÉCHIR SUR LE TEMPS LONG

Interrogé sur l’éventualité que la France se spécialise dans certains champs scientifiques, ce qui éviterait d’avoir à disperser ses financements, Alain Fuchs écarte l’idée : "Ce serait une solution de repli et ce n’est pas l’option que l’on choisit, ni au sein de nos organismes, ni parmi nos tutelles. Cela dit, tous les sujets ne sont pas traités de la même manière, il est évident que nous avons des priorités […] et l’on ne peut pas être bon partout. Mais il faut garder globalement au moins une veille de qualité sur l’ensemble des champs scientifiques, sachant qu’il y a des hauts et des bas. Les mathématiques françaises sont aujourd’hui excellentes, mais continueront-elles à l’être demain ? Il est donc nécessaire qu’un pays comme la France se donne la capacité de réfléchir sur le temps long, qui est celui de la recherche."

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René-Luc Bénichou, journaliste