Politique de cookies
Le groupe AEF info utilise des cookies pour vous offrir une expérience utilisateur de qualité, mesurer l’audience, optimiser les fonctionnalités et vous proposer des contenus personnalisés. Avant de continuer votre navigation sur ce site, vous pouvez également choisir de modifier vos réglages en matière de cookies.
Politique de protection des données personnelles

Service abonnements 01 83 97 46 50

Revenir en haut de la page

"Il faudrait que l'institution reconnaisse davantage notre solitude" (proviseur du lycée H. d'Estienne d'Orves, à Nice)

Le lycée Honoré d’Estienne d’Orves, à Nice, fait partie de la catégorie des très gros établissements : "une petite ville de 3 000 personnes", estime Stéphane Devin, proviseur de ce lycée polyvalent depuis 2014. Comment piloter un tel "tanker" issu de la fusion de deux lycées, qui conserve deux sites de part et d’autre d’une avenue et des services en doublon ? Dans un entretien avec AEF, mercredi 14 septembre 2016, Stéphane Devin explique comment il joue sa partition de "chef d’orchestre", secondé par un comité de pilotage réuni chaque semaine. Il regrette que les caractéristiques de son établissement ne soient "pas toujours prises en compte comme elles devraient l’être", pas plus que sa "solitude". "Les délais sont les mêmes que ce soit pour un petit collège ou pour ce mastodonte", souligne-t-il. "Comment ferons-nous si l’évaluation des enseignants impose des entretiens individuels ?"

AEF : Vous êtes chef d’un établissement de 2 500 élèves, dont 200 internes, et 260 professeurs, le tout à cheval sur deux sites. Quelles sont les particularités du pilotage d’un lycée de cette taille ?

Stéphane Devin : Ma tâche est similaire à celle n’importe quel proviseur, mais décuplée à cause du nombre d’interlocuteurs et d’installations. Le lycée Honoré d’Estienne d’Orves, dans sa configuration actuelle, est issu de sa fusion avec le lycée Beau Site, en 2012. C’est un lycée polyvalent qui compte 88 divisions, dont 20 en seconde, 15 en première et 15 en terminale, et forme jusqu’au bac +5. J’ai pour habitude de dire qu’avec 2 500 élèves et presque 500 personnels enseignants, administratifs, techniques et de service, nous sommes une petite ville de 3 000 personnes, plus importante que le village de Puget-Théniers dont viennent certains de nos élèves.

L’autre particularité, c’est que nous avons conservé les sites de deux établissements initiaux, soit une implantation, en décalé, de part et d’autre d’une grosse avenue très passante. La circulation dense en fait une zone accidentogène, stressante pour toute l’équipe, surtout aux heures de pointe. Mais les emplois du temps sont conçus au maximum pour que les élèves n’aient pas à naviguer entre les deux sites, et l’heure d’entrée a été fixée à 8h10 pour tous afin de concentrer l’accueil. Avec tant d’élèves et de personnels, je suis bien sûr très sollicité. Chaque matin, à 7h30, sur mes 300 mètres de parcours entre ma sortie de l’ascenseur et la grille d’entrée, je réponds jusqu’à une dizaine de questions les plus diverses, allant de la carte d’accès perdue à la répartition des élèves dans les classes pour faciliter le covoiturage, en passant par les graffitis sur les paillasses des salles de sciences.

Enfin, nous avons conservé beaucoup de lieux en double : deux demi-pensions, deux centres de documentation et d’information, deux centres de stockage et de maintenance…

Le comité de pilotage est le lieu de partage de l’information

AEF : Comment vous êtes-vous organisé ?

Stéphane Devin : Il n’y a pas de mystère : il faut savoir déléguer. Être un chef d’orchestre, et non pas un homme-orchestre, car si vous êtes partout à la fois, vous n’êtes en vérité nulle part. Je m’appuie donc sur un comité de pilotage, que je réunis une fois par semaine. Il est composé de mes deux adjoints pédagogiques, de l’adjoint gestionnaire, qui est en charge de 11 comptes financiers car il est également agent comptable, le directeur délégué aux enseignements technologiques et professionnels, les quatre CPE, et mon assistante de direction pour la rédaction des comptes rendus de ces réunions hebdomadaires, indispensables pour garder la trace des nombreux sujets abordés, gros dossiers, calendrier, chantiers en cours ou à venir, et pouvoir ensuite demander des comptes. Cette réunion est un moment fort, je tiens absolument à ce qu’elle se fasse chaque semaine car c’est le lieu de partage de l’information.

L’autre instance de pilotage, c’est le conseil pédagogique, en formation plénière avec ses 50 membres, mais aussi en ateliers pour travailler plus efficacement sur des sujets tels que l’accompagnement personnalisé, ou le contrat d’objectifs. Enfin, il y a le dialogue plus informel à la machine à café, en salle des profs, dans le hall, les couloirs, qui permet de voir où il y a de la "bobologie", d’entendre les critiques. Le lien humain, toujours essentiel, l’est encore plus dans un établissement de cette taille.

AEF : Vos tutelles prennent-elles en compte la taille de votre établissement ?

Stéphane Devin : Je ne suis pas certain que les caractéristiques de notre établissement soient toujours prises en compte comme elles devraient l’être, même s’il y a des échanges et un certain regard de l’administration. Je dirais qu’elle fait le maximum mais il y a aussi des ratés. Par exemple, ce qu’il nous faudrait, c’est un vrai secrétariat général qui s’appuierait sur un vrai pôle administratif et du personnel extrêmement qualifié, notamment dans la partie finances. Cela prendrait tout son sens aussi par rapport à notre implantation sur deux sites. Par exemple, l’un de mes proviseurs adjoints a un bureau de l’autre côté de l’avenue, mais pas de secrétariat. Autre exemple, j’ai demandé qu’on ne touche pas au nombre de CPE, compte tenu que nous avons deux sites avec une population mixée, mais on m’a enlevé un poste.

Un contrat tripartite permettrait d’améliorer le fonctionnement de ce tanker

Par ailleurs, le dialogue de gestion ne tient pas compte de l’aspect matériel et des biens dont nous sommes responsables, comme un parc informatique de 1 200 ordinateurs, un gymnase, une installation électrique qui pose des problèmes… D’une manière générale, il faudrait une plus grande présence de la collectivité territoriale dans ce dialogue ou au conseil d’administration. Certes nous avons un contrat d’objectifs avec le conseil régional, mais il n’existe pas de dialogue tripartite entre l’établissement, le rectorat et la collectivité, qui permettrait d’améliorer le fonctionnement de ce tanker qu’est notre lycée.

Sur ce tanker, je me considère comme un soutier, le marin en soute qu’on ne voit pas et qui œuvre dans le noir. J’accepte cette mission, mais il faudrait que l’institution reconnaisse davantage notre solitude. Les délais sont les mêmes que ce soit pour un petit collège ou pour ce mastodonte. La notation des enseignants et la répartition des moyens : mêmes délais ! Comment ferons-nous si l’évaluation des enseignants impose des entretiens individuels ?

AEF : Vous estimez-vous assez formé à l’exercice de votre fonction dans ce contexte ?

Stéphane Devin : C’est vers la fin de sa carrière qu’on embrasse ce genre de poste, après avoir franchi plusieurs étapes qui nous ont permis de nous former à des responsabilités croissantes. Pour ma part, j’ai d’abord été enseignant de lettres, en collège, puis en lycée, surtout en ZEP, avant de devenir proviseur d’établissements de taille moyenne, puis d’une très grosse cité scolaire. Le concours de personnel de direction nous prépare aussi à ce qui nous attend, et le jury de recrutement est attentif à la personnalité : calme, solide. Mais ce ne serait pas un luxe de nous donner quelques clés supplémentaires et de renforcer la formation des personnels de direction en techniques de gestion et de management, et sur le plan juridique.

Fermer
Bonjour

Vous souhaitez contacter

Marie-Pierre Vega, journaliste