Politique de cookies
Le groupe AEF info utilise des cookies pour vous offrir une expérience utilisateur de qualité, mesurer l’audience, optimiser les fonctionnalités et vous proposer des contenus personnalisés. Avant de continuer votre navigation sur ce site, vous pouvez également choisir de modifier vos réglages en matière de cookies.
Politique de protection des données personnelles

Paramétrer Tout accepter

Service abonnements 01 83 97 46 50

Revenir en haut de la page

Droits humains : "Nous savons que nous ne sommes pas parfaits", Franck Mougin de Vinci (atelier BSR)

"Plus on creuse le sujet des droits de l'homme, plus on voit qu’il faut approfondir… Nous restons modestes, car c’est tellement complexe que ce n’est jamais gagné. Il faut accepter le fait que ce que l’on veut mettre en place ne sera pas instantané. Nous savons que nous ne sommes pas parfaits et qu’il reste des points de progrès", affirme Franck Mougin, directeur général du développement durable de Vinci. Il était l’invité de l’atelier organisé par l’association d’entreprises BSR, intitulé "droits de l’homme : collaborer et intégrer les attentes des parties prenantes dans les décisions stratégiques de l’entreprise", mardi 7 juin 2016. Vinci est actuellement mis en cause par l'association de juristes Sherpa pour violation des droits fondamentaux des travailleurs migrants sur les chantiers de construction des infrastructures en vue de la coupe du monde de football 2022, au Qatar.

BSR, qui travaille depuis plus de 20 ans sur la question des droits humains et entreprises, a mis en place un groupe de travail rassemblant 35 entreprises dont Chevron, Yahoo, Monsanto, BP, DHL…

"Pour travailler sur l'engagement des parties prenantes dans la problématique des droits de l’homme, il faut d’abord réfléchir à l’écosystème de ces parties prenantes. Il faut d’abord penser aux porteurs de droits, qui sont les parties prenantes clés en matière de droits de l’homme : les communautés locales, les travailleurs, les ONG et syndicats qui les représentent. Puis, on peut ajouter les organisations internationales, les autorités publiques, les partenaires commerciaux, les consommateurs, les investisseurs, les médias, les universités, et les clients", analyse Jean-Baptiste Andrieu, manager à BSR.

"Ensuite, on peut utiliser la pyramide des niveaux d’engagements des parties prenantes, du plus faible au plus fort : influence, expertise, volonté d’engagement. Cela permet de calibrer la stratégie envers elles : reconnaître, informer, dialoguer ou collaborer." Il cite Nestlé avec la Fair labour association sur les conditions de travail dans la chaîne de cacao comme exemple de collaboration, et BNP Paribas et la création de son comité éthique réunissant des personnalités indépendantes et le comité exécutif comme exemples de dialogue.

impacts les plus importants pour les porteurs de droits

"Il y a des pièges à éviter comme celui de mélanger les piliers des principes directeurs de l’ONU, à savoir celui de la responsabilité incombant aux États et celui adressé aux entreprises", poursuit-il. "Il faut faire attention à bien mettre la priorité sur les impacts les plus importants non pas pour l’entreprise mais pour les porteurs de droits, ne pas oublier ces derniers et essayer de dialoguer en direct avec eux ou avec les ONG qui les représentent quand ce n’est pas possible. Enfin, il ne faut pas rester dans sa zone de confort. Les droits de l’homme ne concernent pas uniquement le droit des travailleurs dans leur chaîne d’approvisionnement, le travail n’est jamais terminé."

"Un patron qui a de bons résultats économiques mais qui ne fait pas attention aux droits de l’homme, on essaye de le convaincre. Alors qu’un patron qui priorise les droits de l’homme mais avec de mauvais résultats économiques, on le vire… Je suis convaincu que les droits de l’homme sont un élément de performance et sera différenciant dans les appels d’offres. Cela représente un coût mais ce sera rentable à long terme", estime Franck Mougin, ‎directeur général des ressources humaines et du développement durable de Vinci.

"Vinci gère 260 000 chantiers par an dans 112 pays, avec des métiers couvrant toute la chaîne d’activités. Il s’agit d’un groupe très décentralisé, qui fonctionne en réseau. Les instructions ne peuvent pas venir du haut, il faut mettre en place un travail d’animation, d'échanges, de collaboration", explique Franck Mougin.

"Nous sommes présents au Qatar depuis 2007, via une joint venture avec une société qatarie qui dispose de 51 % des parts. Nous savions que travailler au Moyen-Orient n’était pas simple, mais nous n’avions pas non plus une conscience aiguë. Nous nous sommes rendu compte que les conditions étaient différentes : il n’y a pas de main d’œuvre locale mais deux millions de migrants sur place, avec un système de kafala (système de parrainage des ouvriers étrangers qui se concrétise généralement par la rétention des passeports par les employeurs). Nous pensions qu’être une entreprise honnête suffisait et nous faisions confiance aux gérants sur place qui avaient la connaissance du pays", avance-t-il.

"les grands groupes ont toujours tort"

"Quand je suis arrivé, j’ai commandé en 2010 un audit sur les conditions sociales réalisé par Vigeo. Étant actionnaire minoritaire, nous avons dû convaincre notre partenaire que c’était une bonne démarche, ce qui n’a pas été facile car cela ne leur semblait pas naturel. Mais cela nous a permis d’ouvrir plein de portes sur d’autres sujets existants mais pas ouverts comme les conditions des migrants, des femmes…", rapporte Franck Mougin. "Au final, l’audit a déterminé que notre situation était 'moyenne plus'. Parmi les points d’amélioration : nouer un contact avec les autorités qataries plutôt que de laisser notre partenaire gérer cela, former les salariés aux bases du métier. Nous avons commencé par travailler sur les conditions de travail et de sécurité, puis les conditions de vie des salariés, puis les conditions de migrations."

Lorsque Vinci a commencé à travailler sur les parties prenantes, les ONG n’étaient pas leur "première préoccupation", admet-il. "Nous nous sommes plutôt rapprochés du monde syndical, pour lequel nous avons fait une cartographie précise en France et à l’étranger. Les investisseurs aussi ont une place importante car ils ont beaucoup de questions. Quant aux médias, nous pensions qu’il ne fallait pas aborder ces sujets avec eux car ils sont trop compliqués et les grands groupes ont toujours tort. Mais cela ne veut pas dire qu’ils ne figuraient pas dans notre écosystème."

Bientôt les résultats de l'enquête préalable suite à la plainte de Sherpa

Le directeur du développement durable explique comment Vinci a lancé une première mission d’observation au Qatar en janvier 2015 pour laquelle l'entreprise a demandé à des organisations syndicales françaises et internationales de l’accompagner.

"Un jour, des représentants de la CGT internationale étaient sur un chantier avec un journaliste et m’ont appelé pour avoir l’autorisation de visiter, ce que je ne pouvais pas accorder de suite car il fallait l’accord du client. Ils ont pensé que nous avions quelque chose à cacher. Une controverse est partie de là", raconte Franck Mougin. "Sherpa a déposé une plainte (1), qui ne nous a pas été communiquée par le procureur. Nous ne savons toujours pas de quoi nous sommes accusés mais cela tourne autour de l’esclavagisme et du travail forcé. Une enquête préalable sera rendue dans peu de temps (lire sur AEF). Je partage la préoccupation de Sherpa mais pas son mode d’action avec une traduction en justice sans préalable, sans contradictoire."

Vinci et Notre-Dame-des-Landes

Interrogé sur le projet d’aéroport de Notre-Dame-des-Landes, dont Vinci serait le constructeur et concessionnaire désigné, Franck Mougin répond que l’entreprise "n’a pas d’avis à avoir sur le sujet", que la décision " revient aux autorités publiques". Il cite le cas de la ligne de TGV Tours-Bordeaux ayant "un impact plus perturbant sur l’environnement que l’aéroport, mais pour lequel Vinci a intégré les parties prenantes bien en amont".

"Objectivement, les conditions de travail et de vie sont encore à améliorer mais nos standards sont parmi les meilleurs", estime-t-il. "Les questions de flux migratoires et de recrutement, avec les coûts de recrutement imposés aux salariés, sont plus compliquées. Pour mieux contrôler la chaîne pour nos opérations simples, nous avons fixé le maximum à quatre niveaux de sous-traitance. Nous avons aussi introduit des clauses sociales dans les contrats."

"Nous avons aussi failli perdre un gros contrat"

"Les sous-traitants sont en nombre limité dans la région et certains sont imposés par le gouvernement qatari. Nous n’avons pas d’autres choix que d’entrer dans des schémas de progression. Nous sélectionnons en fonction de critères économiques et sociaux. Certains sont sur une liste noire car ils ne font aucun effort. Nous travaillons avec les autres même si les conditions sont parfois mauvaises. Nous les incitons à progresser peu à peu, même si cela reste modeste, afin de les amener vers des standards acceptables de droits de l’homme."

Le directeur regrette "l’écart entre ce qui est dit par les ONG et la réalité des choses" et le fait que cela pose à l’entreprise des problèmes importants en termes d’image. "Il existe même un business case dans une université sur les mauvaises pratiques de Vinci au Qatar… Nous avons aussi failli perdre un gros contrat pour la construction d’une autoroute au Canada."

Depuis la plainte de Sherpa, il indique que Vinci a "rendu des comptes pour montrer que ses standards sont acceptables". "Mais nous ne pouvons pas le démontrer tout seul, ainsi nous avons donc fait appel à BSR pour réaliser un audit externe."

"Parallèlement, nous discutons avec l’OIT, ce qui est assez nouveau. Nous avons le projet, avec notre filiale qatarie et le syndicat BWI (Building and wood worker’s international), de mettre en place un droit d’alerte syndicale sur les mauvaises pratiques", remarque le directeur.

(1) Une plainte a été déposée en mars 2015 par l’association de juristes Sherpa contre Vinci Construction grands projets et les dirigeants français de sa filiale qatarie pour "violation des droits fondamentaux des travailleurs migrants" sur les chantiers de construction des infrastructures en vue de la coupe du monde 2022 (lire sur AEF).

à lire aussi
Le Parquet de Paris ouvre une enquête préliminaire suite à la plainte de plusieurs ONG contre Vinci concessions Russie

Une enquête préliminaire est ouverte par le Parquet de Paris suite à la plainte déposée en juin par plusieurs ONG contre Vinci concessions Russie et contre X, annonce l'association de juristes Sherpa, jeudi 3 octobre 2013 (AEF n°186823). Elle est relative « aux infractions financières qui auraient été commises en marge de la construction de l'autoroute entre Moscou et Saint-Petersbourg, en Russie ». Les ONG plaignantes se réjouissent de cette « première », puisqu'il s'agit d'une enquête fondée notamment sur des faits de corruption d'agents publics étrangers et de recel de trafic d'influence en Russie. Outre la corruption, des ONG dénoncent depuis plusieurs années les atteintes à l'environnement de ce projet d'autoroute dans la forêt de Khimki, « unique îlot de biodiversité situé dans la banlieue nord de Moscou » (AEF n°242190).

Lire la suiteLire la suite
Fermer
Bonjour

Vous souhaitez contacter

Sabrina Dourlens, journaliste