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Climat : les investisseurs déplorent le rejet de leurs résolutions à Exxon et Chevron et saluent la stratégie de Total

Les investisseurs ont envoyé un "message fort" en donnant "un soutien sans précédent" aux résolutions demandant à Exxon et Chevron un "stress-test" climatique, c’est-à-dire une analyse de l’impact financier d’un scénario 2 °C sur leurs activités, estime Ceres, coalition américaine regroupant une centaine d’investisseurs, mercredi 25 mai 2016, à l’issue des votes lors des assemblées générales des deux compagnies pétrolières américaines. Rejetées, ces résolutions, qui étaient soutenues par d'importants investisseurs comme BNP Paribas, Axa, Natixis, les fonds de pension californien Calpers et suédois AP4, et le fonds souverain norvégien, ont tout de même recueilli 38,2 % des votes des actionnaires chez Exxon et 41 % chez Chevron. Quant à Total, elle a publié hier une stratégie 2°C bien reçue par les investisseurs, contrairement à celle de Shell.

Le cas d’Exxon en justice

Exxon fait l’objet de plusieurs enquêtes menées par les procureurs généraux de plusieurs États américains dont New York (lire sur AEF) et la Californie pour déterminer si le groupe a menti au public et à ses actionnaires sur les risques liés au changement climatique ou aux investisseurs sur la manière dont ces risques pourraient atteindre l’industrie pétrolière (lire sur AEF).

L’obligation d’Exxon d’inclure des résolutions sur le climat fait suite à une décision de la SEC, autorité des marchés financiers américaine. L’entreprise doit désormais permettre à ses actionnaires de voter en faveur ou non de la publication d’informations sur les risques liés au changement climatique. La compagnie pétrolière a essayé de s’y opposer, arguant que les informations sur le climat qu’elle fournissait étaient déjà suffisantes, mais l’argument n’avait pas convaincu la SEC qui jugeait que ces rapports ne suffisaient pas pour informer les actionnaires et protéger leurs intérêts.

une résolution adoptée

Ainsi, plusieurs résolutions avaient été déposées par des investisseurs à l’assemblée générale d’Exxon, avec avis défavorable du conseil d’administration. Aucune n’a été adoptée sauf une sur la gouvernance qui a reçu 61,9 % de votes : elle autorise pour la première fois les investisseurs détenant plus de 3 % de parts de présenter des candidats au conseil d’administration.

"Au vu des ressources significatives mises en œuvre par Exxon pour combattre cette résolution, le résultat des votes représente une vraie remise en question de la gestion de l’entreprise. Les investisseurs ont envoyé un message clair indiquant que le scénario 2°C est la nouvelle donne, les entreprises comme Exxon et Chevron ne peuvent plus agir comme si rien n’avait changé. Les investisseurs espèrent qu’elles les inviteront à discuter et collaborer pour préparer la manière d’informer sur l’évaluation des risques et opportunité de la transition énergétique", avance Ceres.

la stratégie de Total saluée

La pression des investisseurs, qui prennent de plus en plus le risque climatique en compte, sur les compagnies pétrolières s’intensifie, notamment depuis l’accord de Paris. Selon Anne Simpson du fonds de pension Calpers, ces sociétés "vivent une période similaire à Kodak [entreprise spécialisée dans la photographie qui a fait faillite après avoir raté le virage du numérique]. Si elles veulent encore être en activité dans 30 ans, elles doivent comprendre les évolutions en marche".

"Nous avons eu la preuve qu’il peut y avoir de bonne analyse stratégique de la transition bas carbone avec Total et Shell", signale Helen Wildsmith, directrice de CCLA, gestionnaire de fonds d’organisations caritatives, religieuses et de services publics basé à Londres, et fondatrice de la coalition Aiming for A. Comme annoncé par AEF en février dernier (lire sur AEF), Total a présenté lors de son assemblée générale, mardi 24 mai, sa stratégie pour inscrire son développement dans une trajectoire visant à limiter le réchauffement climatique à 2°C, notamment en réduisant le recours aux sables bitumineux, évitant l’Arctique, et donnant l’hypothèse du prix du carbone à 30-40 dollars pour choisir où forer. Une initiative saluée par plusieurs acteurs dont les fonds de pension Calpers et Erafp, le think tank Carbon Tracker, qui estime que Total est dans la "bonne totalité" et l’investisseur Hermes investment management, lequel salue le "leadership" de la compagnie pétrolière française.

l’échec de Shell

En revanche, Shell, qui avait accepté une résolution de Aiming for A l’année dernière lui demandant plus de transparence sur l’impact du climat sur ses activités, n’a pas convaincu les investisseurs qui l’accusent d’avoir "raté la planification d’un avenir plus vert". Ils indiquent dans une déclaration que leurs attentes "ne pourraient être satisfaites que par un reporting constant, détaillé et stratégique au cours des prochaines années montrant comment la stratégie et le portefeuille de Shell améliorent la résilience de l’entreprise dans l’optique d’une transition énergétique". Lors de son AG, le 24 mai, le PDG de Shell, Ben van Beurden, a mis en garde : la compagnie ne peut pas "passer trop vite à la production d’énergies renouvelables" sans risquer des pertes des fonds, voire de faire chuter son activité. Parallèlement, "le secteur du pétrole et du gaz aura néanmoins besoin d’investissements à hauteur 1 000 milliards de dollars par an".

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Sabrina Dourlens, journaliste