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Centres de déradicalisation : "Deux sites seront opérationnels en 2016" (Pierre N’Gahane, CIPDR)

Les premiers centres de déradicalisation "seront opérationnels en 2016", explique Pierre N’Gahane. Le secrétaire général du CIPDR (comité interministériel de prévention de la délinquance et de la radicalisation) détaille, dans une interview à AEF, le fonctionnement de ces établissements dont la création a été confirmée par Manuel Valls le 19 novembre dernier. "Ces structures seront décomposées en deux catégories : d’une part, elles accueilleront des jeunes velléitaires", explique-t-il. "D’autre part, elles accueilleront des individus de retour en France et qui seraient envoyés dans le cadre d’une injonction judiciaire ou administrative." "Nous allons notamment travailler sur l’aspect psychothérapeutique avec l’aide de cliniciens", précise Pierre N’Gahane. Le CIPDR, ajoute-t-il, prend contact avec des entreprises pour les sensibiliser aux problèmes de radicalisation.

AEF : Le Premier ministre a annoncé, le 19 novembre dernier, la création prochaine d’une "première structure pour jeunes radicalisés" (lire sur AEF), un projet déjà évoqué en avril 2015 (lire sur AEF). De quoi s’agit-il ?

Pierre N’Gahane : Il s’agit de centres de réinsertion et de citoyenneté. Ces structures seront décomposées en deux catégories : d’une part, elles accueilleront des jeunes velléitaires. Ce sont souvent des jeunes radicalisés, signalés par leurs parents, qui ont exprimé leur envie de partir en Syrie mais qui ne sont pas passés à l’action. L’idée est de les resocialiser, de les réinsérer dans la société. Ils devront être volontaires pour intégrer ce programme. S’ils décident de ne plus venir, c’est leur droit. Mais ils seront alors probablement davantage suivis par sur un plan administratif et sécuritaire.


D’autre part, elles accueilleront des individus de retour en France et qui seraient envoyés dans le cadre d’une injonction judiciaire ou administrative. En principe, si le juge dispose d’éléments à charge, il peut décider de les incarcérer ou de les placer sous contrôle judiciaire. Il peut s’agir, par exemple, de personnes qui sont allées jusqu’en Turquie mais qui n’ont pas rejoint une zone de conflit ou, tout simplement, de personnes dont le juge estime, dans le cadre d’une alternative aux poursuites ou à l’incarcération, qu’elles seraient mieux orientées dans ce type de programmes. Ces individus-là seront obligés, par décision de justice, de participer à ce programme. En cas de refus ou de fuite, ils pourraient être placés en détention.

AEF : Où seront installés ces centres ? À quelle date ?

Pierre N’Gahane : Ils seront opérationnels en 2016. Nous sommes encore en train de chercher où les installer. Nous commencerons, selon les arbitrages politiques, sur au moins deux sites. Nous pourrons alors accueillir en tout 60 personnes. En outre, 25 personnes travailleront dans chacune de ces structures en permanence. Si le gouvernement estime que ce dispositif fonctionne, on pourra le multiplier. Chaque structure coûte environ 1 million d’euros par an en frais de fonctionnement, hors travaux.

AEF : Concrètement, quelle sera la méthode employée dans ces structures ?

Pierre N’Gahane : Le programme durera dix mois. Les personnes participant à ce programme seront en internat pendant la semaine. Nous estimons que, pour faciliter leur réinscription dans un contexte familial, il est préférable qu’elles rentrent chez elles le week-end.

Nous pouvons aussi discuter des faits religieux mais nous excluons toute approche cultuelle. Nous pouvons toutefois leur conseiller une liste d’imams ou de prêtres, qu’ils pourraient rencontrer à l’extérieur de l’établissement. Par contre, ils auront la liberté de vivre leur foi en toute sérénité, à partir du moment où cela ne trouble pas le programme pédagogique proposé.

AEF : Depuis le dernier comité interministériel sur la citoyenneté et l’égalité, qui s’est tenu le 26 octobre dernier (lire sur AEF), le CIPD est devenu le CIPDR. Pourquoi ?

Pierre N’Gahane : C’est une façon de légitimer nos actions sur ce sujet que nous traitons depuis janvier 2014. Nous avons mis en place des cellules de suivi dans les préfectures, nous avons mobilisé une équipe mobile qui travaille en appui des préfectures sur le terrain. Nous avons aussi formé et sensibilisé plus de 10 000 personnes à la détection de la radicalisation. Avant les attentats de janvier 2015, je devais écrire à tous les préfets pour qu’ils nous envoient des personnels se former. Aujourd’hui, les formations sont complètes jusqu’en avril 2016.

Nous avons participé à la création de la plateforme téléphonique de signalement, aujourd’hui gérée par l’Uclat. Au 13 novembre, nous avions reçu plus de 7 000 signalements, dont 3 000 provenant de cette plateforme téléphonique et 4 000 des préfectures. Parmi ces signalements, il y a 30 % de femmes, 25 % de mineurs, et 35 % de présumés convertis.

AEF : Depuis les attentats, de nombreuses entreprises s’inquiètent de savoir si leurs salariés sont radicalisés et font l’objet d’une fiche "S". Comment le CIPDR peut-il les aider à détecter les cas de radicalisation ?

Pierre N’Gahane : Nous avons décidé, depuis la semaine dernière, de prendre contact avec plusieurs grandes entreprises pour discuter avec elles des modalités de sensibilisation. Nous pensons qu’il est peut-être nécessaire d’offrir une formation à l’encadrement moyen et supérieur de ces sociétés, de leur adresser un guide pratique. Il peut y avoir, au sein du personnel, des personnes très croyantes, très pratiquantes, mais qui ne sont pas radicalisées. Les entreprises sont désormais conscientes de ces enjeux.

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Thibaut Chevillard, journaliste