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Home| Sécurité globale| Sécurité privée| Dépêche n°510233

Michel Mathieu (Securitas) : "Face à la menace terroriste, le rôle de la sécurité privée peut évoluer"

Face à la menace terroriste, "le rôle de la sécurité privée peut clairement évoluer pour participer plus activement à l’effort de protection de la Nation", estime Michel Mathieu, P-DG de Securitas France, dans un document daté d’octobre 2015 intitulé "Sécurité privée et terrorisme", mis en ligne sur le site de l'entreprise. "Si la sphère de la sécurité publique semble particulièrement mobilisée aujourd’hui pour faire face aux risques terroristes, je reste pour le moins étonné, pour ne pas dire frappé et inquiet, qu’une plus grande sensibilité de cet état de guerre ne se fasse jour dans le monde spécifique de la sécurité des entreprises ou des collectivités", indique-t-il dans cette tribune. "La nouvelle donne [terroriste] impose de se remettre au travail", ajoute-t-il. Le dirigeant pointe par ailleurs un "risque d'infiltration maximum" de terroristes parmi les agents de sécurité privée.

"D’un site Seveso à un événement associatif en passant par un immeuble de bureau ou un marché du dimanche, tout est devenu une cible potentielle", souligne Michel Mathieu, le P-DG de Securitas France. Or, "je ne suis pas certain que notre métier se pose la question des adaptations qu’il faudra mener rapidement pour faire face à ce contexte nouveau, indique-t-il. Une réflexion est donc nécessaire afin d’adapter pour partie le rôle de la sécurité privée, ses moyens, son offre et ses liens au sein de la chaîne de sécurité nationale."

Évoquant "un avant et un après 7 janvier", la date de l’attentat contre Charlie hebdo (lire sur AEF), Michel Mathieu souligne: "Avant, il y avait la surveillance, maintenant, il y a la protection". "On peut rester dans la première ou choisir la deuxième, elle devient alors une version durcie de la solution de sécurité en place, poursuit-il. Passer de l’une à l’autre n’impose pas forcément des ruptures ou des coûts majeurs, surtout face à l’enjeu."

"L'OFFRE N'EST PAS AU NIVEAU DES ENJEUX"

Michel Mathieu, également vice-président de l’USP, souligne à ce sujet retenir "six constats majeurs": "En dehors de clients anglo-saxons et de quelques exceptions françaises, la sûreté n’est pas un enjeu des directions générales", pointe-t-il. "Côté donneurs d’ordres, la prise de décision est lente et quant à la mise en œuvre, on parle souvent d’années, poursuit-il. Ce temps n’est pas compatible avec les enjeux."

Enfin, et c’est le troisième constat, "côté sécurité privée, l’offre est loin d’être 'clé en main' pour le client". "Elle est totalement segmentée entre l’humain, la technologie (qui elle-même est très segmentée) et les défenses physiques, détaille Michel Mathieu. L’offre n’est pas aujourd’hui au niveau des enjeux. Il en résulte un défaut évident de cohérence et surtout d’efficacité, tant budgétaire que sécuritaire."

"Quatrième constat : il y a une faiblesse de compétences et de professionnalisme pour aborder efficacement les nouveaux risques, ajoute Le P-DG de Securitas France. Tant au sein des entreprises de sécurité privée qu’au sein des services de sécurité interne, il y a aujourd’hui un manque de compétences théoriques dans le domaine de la sûreté et un manque de savoir-faire dans la gestion des projets indispensables à toute volonté d’évolution."

Et de s’indigner "de voir le nombre de portes non fermées qui devraient l’être, de caméras qui ne marchent pas, de caméras mal réglées montrant le ciel, de végétation jamais taillée qui a fini par fermer le champ de l’objectif, de grillages troués, de projecteurs grillés, de clés non gérées, de visiteurs ou livreurs libres de circuler… Le tout signalé cent fois mais sans effet".

LA SÉCURITÉ PRIVÉE "PEUT CLAIREMENT ÉVOLUER"

Le cinquième constat est relatif au rôle de la sécurité privée, qui "peut clairement évoluer pour participer plus activement à l’effort de protection de la Nation". "L’armée et le projet Sentinelle ne feront pas tout et en dehors de quelques exceptions, la protection du domaine privée restera, et doit rester, à la charge du privé, avertit Michel Mathieu. Le citoyen n’acceptera pas éternellement que son impôt protège d’autres sites que le régalien et l’intérêt vital."

Et de souligner que pour la première fois, depuis le 7 janvier 2015, quelques centaines d’agents de sécurité "ont revêtu des gilets pare-balles". "Plus qu’anecdotique, un seuil a été passé, explique-t-il. Le prochain posera la question de l’armement pour ceux qui seront réellement impliqués dans la protection de sites sensibles en l’absence de l’armée ou de la force publique. Cette question, taboue, est déjà ouvertement posée dans le domaine spécifique de la sécurité rapprochée privée."

Le P-DG de Securitas France remarque également qu'"à la suite de Charlie, de nombreux journalistes, intellectuels, grands patrons, ont fait des demandes de protection auxquelles le service de protection des hautes personnalités ne peut pas répondre. Il n’en a ni les moyens ni le rôle". En conséquence, "l’implication de la sécurité privée comme élément complémentaire dans la protection de la Nation, impose de revoir la notion et la définition de sécurité privée et de voie publique".

LE RISQUE D’INFILTRATION CHEZ LES AGENTS

Enfin, et c’est le sixième constat de Michel Mathieu, "le risque d’infiltration par de futurs terroristes est maximum" chez les agents de sécurité privée. "En six mois, plusieurs cas ont déjà été identifiés et traités avec les moyens du bord, annonce-t-il. Il est en effet impossible de licencier un salarié sur un soupçon fort et avéré de radicalisation même si sa page Facebook ne laisse aucun doute sur le sujet. Ou si c’est possible, il faut un temps extrêmement long pendant lequel il travaillera en toute impunité sur un aéroport, une centrale nucléaire ou tout simplement un salon, un musée ou un site touristique."

"Il y a ici une urgence absolue de prise de conscience et surtout de mise en place de moyens légaux et rapides sinon d’annuler les autorisations d’exercer au moins de les suspendre, demande Michel Mathieu. Un travail plus délicat est à mettre en œuvre en amont concernant le recrutement, puis la veille, sur l’évolution de certains salariés. Cela pose la question des moyens possibles pour les entreprises de sécurité privée de pouvoir agir sur leur propre sûreté. Aujourd’hui elles n’ont aucun moyen légal pour cela."

Michel Mathieu préconise "dix thèmes" pour adapter la sécurité privée à la menace terroriste :

  • Renforcer l’information et la sensibilisation des dirigeants des entreprises à leur besoin de sécurité;
  • renforcer l’information et la sensibilisation des dirigeants des entreprises de sécurité privée à la nouvelle situation;
  • renforcer la technicité et les convictions des directeurs sécurité pour qu’ils assument une position plus forte dans leur entreprise;
  • expliquer et débattre avec tous les acteurs publics et privés de la différence entre surveillance et protection et faire émerger les solutions associées, tant opérationnelles que légales;
  • développer les moyens légaux des entreprises de sécurité privée pour lutter contre les risques d’infiltration au sein des effectifs d’agents de sécurité;
  • travailler avec les partenaires sociaux à l’effort de sensibilisation et de mise en place de nouveaux moyens d’anticipation, de gestion, de prévention et de protection;
  • développer des modules de formation pour un nouveau type de vigilance à destination des agents de sécurité et de l’encadrement;
  • faire évoluer le périmètre d’intervention de la sécurité privée afin de permettre certains types d’interventions ou de présence sur la voie publique tel que, vidéo-surveillance, chicane, barrierrage, escorte, fouille;
  • organiser les conditions de l’armement pour la sécurité rapprochée et pour les sites qui décideront de passer en mode protection;
  • organiser l’intégration la sécurité privée dans les plans de crise déjà en place au niveau de l’autorité publique.
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