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Climat : qu’est ce que l’agenda des solutions, 4e roue du carrosse du futur accord de Paris ?

D’abord appelé "agenda positif", l' "agenda des solutions" ou "plan d’actions Lima-Paris" peine encore à trouver sa place dans les négociations climatiques. Né dans les premières heures de la réflexion sur le futur accord de Paris, en 2013, il a été imaginé comme la réponse "positive" à l’échec de Copenhague et à l’idée que la mobilisation seule des gouvernements n’était pas suffisante pour réussir un accord sur le climat. Lancé en fanfare lors du sommet de Ban Ki-moon à New York en septembre 2014, l’agenda des solutions rassemble aujourd’hui les initiatives de dizaines de coalitions d’entreprises, collectivités locales ou encore d’associations. À quelques jours de la COP 21, il doit encore faire face à un défi de structuration et de cohérence mais pourrait s’avérer une botte secrète utile pour le futur accord de Paris et pour tendre vers l’objectif de limiter le réchauffement à 2°C.

"C’était un grand jour", assenait Ban Ki-moon alors qu’il clôturait le sommet sur le climat organisé à New York en septembre 2014. Pour la première fois, quelque 800 chefs d’entreprise, représentants du secteur privé et de la société civile s’étaient rassemblés dans la prestigieuse salle de l’assemblée générale des Nations unies, aux côtés de 120 chefs d’État, pour annoncer, qui une initiative de réduction d’émissions sectorielle, qui une coalition d’entreprises, qui une réorientation de ses activités d’investissement, qui une coalition de collectivités locales… (lire sur AEF le bilan du sommet).

lancement à Lima

À 15 mois de l’ouverture de la COP 21, le sommet souhaitait envoyer le message d’une double mobilisation, venue des gouvernements mais aussi de "l’économie réelle". Il accréditait l’idée que le futur accord de Paris ne serait pas qu’un simple texte négocié sous la convention climat et qu’il ne réussirait pas sans la mobilisation de tous les acteurs. Que l’accord ne serait pas le simple résultat d’un fardeau de réductions d’émissions de gaz à effet de serre à partager entre États mais qu’il pourrait avoir des répercussions positives pour tous les acteurs. L’agenda des solutions était né. Il serait le quatrième pilier du futur accord de Paris, aux côtés du texte juridiquement contraignant négocié par les diplomates, des contributions nationales (INDC) et des financements, selon l’architecture proposée par Laurent Fabius depuis l’automne 2014. Restait à lui donner une consistance et à le faire vivre.

L’agenda des solutions a fait ses premiers pas lors de la conférence des parties de Lima, en décembre 2014, à l’occasion d’une journée consacrée au lancement du "plan d’actions Lima-Paris" et de la plateforme "Nazca" qui recense une partie des initiatives des entreprises, collectivités et investisseurs. Il a été nourri tout au long de l’année 2015 par la "climate week" organisée fin mai à Paris, le sommet des collectivités locales à Lyon en juillet et le sommet de New York de septembre 2015. Les initiatives se poursuivront lors des 12 demi-journées thématiques organisées durant la COP 21 (sur les forêts, les bâtiments, les transports, les polluants à courte durée de vie, etc.) qui trouveront leur point d’orgue lors de la "journée de l’action", le samedi 5 décembre, où sera présentée une sélection d’initiatives en présence de personnalités (lire sur AEF le détail des journées thématiques).

plan d’actions et plateforme Nazca

L’agenda des solutions est une fusée à double étage. Il rassemble sous le terme "plan d’actions Lima-Paris" une série de coalitions regroupant des entreprises, des organisations internationales, des pouvoirs locaux et nationaux. Y sont ainsi inscrits la déclaration de New York sur les forêts autour de l’objectif de réduire de moitié les pertes forestières naturelles d’ici 2020, le projet RE100 qui rassemble des entreprises engagées dans un objectif 100 % énergies renouvelables, l’initiative En.lighten du Pnue et du FEM en partenariat avec Philips et Osram pour aider les pays en développement à passer à des produits avec une meilleure efficacité énergétique…

Sous cette bannière se tient la plateforme Nazca pour "zone des acteurs non-étatiques pour l’action climatique", lancée elle aussi en décembre 2014 pour agréger les engagements des entreprises, des villes, des régions et des investisseurs. Elle regroupe au 23 novembre un total de 8 698 engagements. Ces engagements sont sélectionnés via les grilles du CDP (ex-Carbon disclosure project) et du Global Compact pour les entreprises ; du Low carbon registry et de la Green bonds initiative pour les engagements du secteur financier ; et enfin des méthodologies Carbonn, du Climate Group ou de la convention des maires pour les villes et régions.

quantifier les efforts ?

L’affaire se complexifie dès lors qu’il s’agit de quantifier les efforts que représentent le plan d’actions et la plateforme Nazca. D’une part parce que "toute personne qui s’inscrit sur le portail Nazca est également encouragée à se joindre à l’une des nombreuses initiatives du plan d’actions Lima-Paris", indique le site internet de Nazca, mais aussi et surtout parce qu’il existe un sérieux risque de double comptage avec les contributions nationales (INDC) publiées par les gouvernements, qui s’appuient parfois sur les initiatives de leurs collectivités.

Quelques institutions s’y sont lancées, comme le Pnue qui avait estimé les efforts possibles des entreprises et collectivités d’ici 2020 à 1,8 Gt de CO2 (lire sur AEF) ou encore le porte-parole de l’association CGLU qui à l’issue du sommet des collectivités locales à Lyon avançait le chiffre de 1,5 Gt de CO2 (lire sur AEF).

L’Ademe et CDP veulent crédibiliser les engagements

Valider des engagements ambitieux et crédibles des entreprises en matière d’émissions de gaz à effet de serre : tel est l’objectif de l’expérimentation internationale ACT pour "assessing low-carbon transition" lancée par l’Ademe et CDP (ex-Carbon disclosure project). Annoncée début novembre, la phase pilote de mise au point de l’outil concerne trois secteurs : production d’énergie, automobile et grande distribution. EDF, Engie et Enel en Italie, Décathlon et Renault ont annoncé qu’ils feront partie de cette première phase (lire sur AEF).

"Ce n’est pas la philosophie de Nazca de réduire en premier lieu l’écart des émissions de gaz à effet de serre en raison d’un problème de pertinence", explique la présidence française de la COP 21, qui préfère mettre en avant le pourcentage de mobilisation par secteur. Les villes et les régions engagées couvrent ainsi plus d’un milliard de personnes dans le monde, 103 villes japonaises sont engagées et couvrent 97 % du PIB du pays, plus de 1 150 entreprises privées ont publié des objectifs de réduction d’émissions chiffrés, 10 des 20 plus grandes banques mondiales ont pris des engagements sur Nazca… En revanche, Nazca semble avoir une portée géographique limitée : on compte très peu de villes africaines, chinoises et indiennes à ce stade et certains secteurs, comme les services aux collectivités sont sous représentés.

Pour Pascal Canfin, ancien ministre du Développement (2012-2014) et fervent défenseur du concept d’agenda des solutions, les initiatives apparaissent comme un relais nécessaire à celles portées par les gouvernements via les contributions nationales, alors que les engagements pour 2030 mettent le monde sur la voie d’un réchauffement de 2,7 °C à 3 °C d’ici la fin du siècle. "Il faudra évaluer la totalité de l’accord de Paris et ne pas oublier l’agenda des solutions, qui permettra de faire l’autre moitié du chemin vers les 2 °C", assurait le conseiller du WRI et futur directeur général du WWF France à AEF en octobre (lire sur AEF).

Quelle sélection ?

La multiplication des initiatives répertoriées dans l’agenda de l’action n’est pas sans poser question. Ainsi, l’inclusion en octobre d’une initiative de réduction des émissions de méthane dues au torchage par l’industrie pétrolière, dont Total, a provoqué les foudres des associations de défense de l’environnement. Les associations se sont ainsi fendu d’une lettre adressée à François Hollande et aux ministres concernés (Affaires étrangères, Écologie, Agriculture) le 9 novembre pour demander "d’exclure de l’agenda des solutions les fausses solutions et les initiatives portées par l’entreprise Total et l’agro-industrie".

"Le rôle de cet agenda est d’accompagner, de refléter et d’amplifier concrètement les solutions existantes et d’avenir, pour la transition énergétique et écologique mondiale et pour un monde plus résilient. Autrement dit, d’extraire 'la crème de la crème' des solutions de la transition énergétique mondiale, déjà déployées par des citoyens, des collectivités territoriales, et des entreprises. Nous n’accepterons pas que des initiatives qui ne répondent ni à cet impératif, ni aux indications de la science, fassent leur entrée dans cet agenda", écrivent les associations. Leurs craintes portent également sur l’initiative de stockage des émissions agricoles pour 4 pour 1000 portée par Stéphane Le Foll (lire sur AEF) ou encore l’initiative sur l’agriculture climato-intelligente (lire le décryptage d’AEF sur cette initiative).

"Il y a une incompréhension de ce qu’est l’agenda des solutions", réagit la présidence française qui veut y voir un relais public de ce que font les entreprises pour que les ONG puissent s’en saisir et mettre en avant les engagements les plus solides.

leadership

À quelques jours de l’ouverture de la COP 21, l’agenda des solutions est donc toujours un chantier en cours : sélection des initiatives, comptabilisation, ancrage dans l’accord de Paris… De nombreuses questions sont à régler. À commencer par son avenir. L’agenda aura besoin de leadership pour poursuivre sa dynamique au-delà de 2015 et jusqu’à la prochaine conférence de Marrakech en novembre 2016.

La ministre marocaine de l’environnement, Hakima El Haite, qui a tenu une conférence de presse mardi 10 novembre à Paris, a ainsi indiqué que l’agenda des solutions, "qui va continuer jusqu’en 2020", pourrait être accompagné d’un "agenda de l’innovation et des techniques innovantes" (lire sur AEF).

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Aline Brachet, journaliste