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Que faut-il retenir de la climate week ?

Trois déclarations communes du monde économique, deux plateformes en ligne, quatre engagements de grands groupes… mais aussi de nombreux débats entre 2 000 acteurs internationaux : c’est le bilan de la "climate week" parisienne qui s’est tenue du 19 au 22 mai 2015, à quelques mois du sommet sur le climat de décembre. Pour le secrétaire général adjoint au climat de Ban Ki-Moon, Janos Pasztor, c’est la preuve d'"un changement tectonique du monde du business et de la finance sur la manière d’appréhender le climat". Fait notable : la présence d’ONG aux tables rondes durant ces trois jours. Ce qui n’a pas empêché nombre d’entre elles de s’ériger contre l’emprise du business sur le climat. Quant aux pouvoirs publics, outre François Hollande, Ségolène Royal, Michel Fabius et Michel Sapin pour la France, le Pérou, la Chine, l’Inde et le Brésil étaient représentés. AEF fait le point.

Le déroulé de la "climate week"

  • Le "metric day" s’est tenu le mardi 19 mai
  • le business & climate summit s’est tenu les mercredi 20 et jeudi 21 mai
  • le "business dialogue" s’est tenu le 20 mai
  • le "finance day" s’est tenu vendredi 22 mai

"Comme au théâtre, il y avait une unité de temps et d’action qui ont rendu cette semaine intense", analyse auprès d’AEF Frédéric Hug, président du comité changement climatique du Medef. "Des intervenants de haut niveau, une appétence à débattre… une densité." Pour lui, cette semaine est "la cristallisation de quelque chose qui était en préparation de longue date chez les acteurs. S’il y a eu quelques divergences de forme, qui tenaient plutôt à l’effet de foisonnement d’un tel regroupement d’organisations, je note une grande convergence de vues, entre les différentes composantes du monde économique, le président de la République française et les représentants de l’ONU."

"Pour les pouvoirs publics, ce devait être le lieu d’un lancement d’engagements d’entreprises. Pour les entreprises, c’était l’occasion de parler davantage d’économie alors que l’on parle en général beaucoup de climat [déconnecté des enjeux de terrain des entreprises]", retrace un acteur économique. Deux objectifs atteints le vendredi soir.

Acte I, le business summit

Les dirigeants d’entreprises ont été nombreux à prendre la parole pour appeler à avancer dans la lutte contre le changement climatique. Cela nécessite "du courage" pour le PDG d’Unilever Paul Polman, "du pragmatisme" pour le PDG de Total Patrick Pouyanné, "du leadership" pour le PDG de DSM, et "de l’accélération" pour le PDG de BNP Paribas Philippe Marchessaux, qui souhaite "que la COP 22 au Maroc soit celle de l’évaluation plutôt qu’un autre tour de prises de décisions". Ils s’exprimaient lors d’une table ronde de clôture du premier jour du "business & climate summit", mercredi 20 mai.

À la suite du travail d’un comité éditorial depuis le mois d’octobre, un communiqué final, dont chaque mot a été pesé et changé jusqu’à la dernière minute, a été approuvé par 25 organisations représentant 6,5 millions d’entreprises dans 130 pays, dont la Chambre de commerce internationale, WBCSD, EPE, BSR, l’Afep, le Medef et CDP (lire sur AEF).

Ce document commun, présenté lors d’une conférence de presse par Pierre-André de Chalendar, PDG de Saint-Gobain et président d’EPE, et Jean-Pascal Tricoire, PDG de Schneider Electric et président du Global Compact France, interpelle les décideurs pour obtenir un accord mondial sur le climat lors de la COP 21, introduire un prix du carbone stable et robuste, et éliminer les subventions aux énergies fossiles. Les entreprises représentées s’engagent à mener la transition vers une économie bas-carbone et résiliente face au changement climatique. Il est à noter que dans une première version présentée à la presse, le document demandait un accord à Paris "qui permette d’atteindre zéro émission nette, lors de la COP 21". Finalement, la version finale n’y faisait plus allusion, la mesure n’ayant pas fait consensus.

Pour Christiana Figueres, secrétaire exécutive de la convention climat, il s’agit d’un "tournant décisif" que de voir "6 millions d’entreprises souhaitant travailler avec les gouvernements". "Nous avons brisé le cercle vicieux dans lequel personne ne voulait faire le premier pas. Les entreprises emboîtent le pas des gouvernements sur le chemin de la COP. C’est la dynamique dont nous avons besoin pour mener la transition."

Semant quelque peu la confusion, un autre document distribué pendant la conférence de presse finale du sommet par Jean-Pierre Clamadieu, président de Solvay et président du groupe de travail énergie et climat de l’Afep, a présenté les "propositions des entreprises pour la COP 21 de Paris" (lire sur AEF). Cette déclaration, à l’initiative française du Medef, de l’Afep et du Cercle de l’industrie, a été signée par sept organisations françaises et internationales, dont Business Europe, et les dirigeants de 59 entreprises. Comme le communiqué du sommet, le texte appelle à un accord ambitieux et à l’introduction d’un marché et d’un prix du CO2. Il plaide en outre pour un dialogue renforcé et permanent entre les entreprises et les pouvoirs publics. Les signataires souhaitent que le "business dialogue", mis en place en amont de la COP (lire sur AEF), se prolonge après celle-ci. "La déclaration n’est pas hyper ambitieuse mais elle sera opposable aux PDG qui l’ont signée. Et l’objectif est de mettre tout le monde à bord", explique l'un des initiateurs à AEF, qui espère la signature de PDG américains et chinois d’ici à décembre.

Pendant ces deux jours, les entreprises ont fait entendre leur voix en faveur d’un prix du carbone, même si le consensus n’est pas encore total sur les modalités de sa mise en place. Les divergences lors des débats reflétaient aussi l’opposition entre le "vieux monde" du charbon et le "nouveau monde" des renouvelables (lire sur AEF). Rachel Kyte, vice-présidente et envoyée spéciale de la Banque mondiale sur les changements climatiques, a qualifié toutefois la situation actuelle de tournant. "La question du prix du carbone a évolué très rapidement. Si quelques entreprises restent sceptiques, c’est qu’elles n’ont pas encore conscience que tout bouge autour d’elles (lire sur AEF)."

Acte II, le "business dialogue"

Discrète, la première réunion du "business dialogue", qui doit permettre de faire un lien entre les négociations climatiques et le monde des affaires, a eu lieu au Quai d’Orsay, le 20 mai, rassemblant une vingtaine de PDG et une vingtaine de négociateurs, en présence de Laurent Fabius, ministre des Affaires étrangères, Ségolène Royal, ministre de l’Écologie, et modérée par Laurence Tubiana, ambassadrice climat, et Gérard Mestrallet, PDG d’Engie (ex-GDF Suez). Le PDG d’Unilever, Paul Polman, qui est intervenu à plusieurs occasions lors du sommet et s’est fait le porte-parole des entreprises progressistes, s’est réjoui de cet échange : "Nous avons rencontré des négociateurs qui ont la volonté de faire les choses bien. Il faut juste parfois leur rappeler à quoi ressemble une crème glacée (lire sur AEF)."

"On cherche à modifier les anticipations des acteurs économiques", a expliqué Laurence Tubiana, lors d’une conférence de presse, avant de décrire "un jeu de judo". "Au lieu de laisser les entreprises dire 'on fera bien quand les gouvernements feront bien', on leur demande ce qu’elles souhaitent faire de concret et on essaie de générer des révélations d’entreprises qui veulent y aller." L’équipe française de négociations réfléchit actuellement à une structuration de la plateforme d’engagements des entreprises et des collectivités locales, baptisée "Nazca" et lancée à Lima en décembre, afin de nourrir l’agenda des solutions, souvent présenté comme le 4e pilier du futur accord de Paris. "Un système de redevabilité reste encore à inventer", selon l’ambassadrice française, qui a évoqué la création d’une plateforme multi acteurs pour le suivi de ces engagements.

Si les pouvoirs publics n’ont pas souhaité communiquer outre mesure autour de cette initiative, c’est peut-être par crainte que les ONG dénoncent un "canal entreprises" ayant l’oreille des gouvernements. Dénonçant la présence d’entreprises polluantes parmi les mécènes de la COP 21, les Amis de la Terre, Oxfam, Attac ou le RAC ont multiplié les campagnes, s’invitant aux assemblées générales des groupes du CAC 40, et clamant leur scepticisme quant à la tenue d’un tel sommet à Paris. D’autres telles que le WWF ont pu s’exprimer au sein des tables rondes. Même si la fondation reste prudente sur l’intérêt d’une telle semaine : "L’attention doit être focalisée sur l’enceinte des négociations. La France ne peut pas se décharger des difficultés des négociations sur les villes et les entreprises, comme elle est tentée de le faire avec l’agenda des solutions", juge Pierre Cannet, responsable du programme énergie et climat.

Acte III, la finance

Le metrics day

Le séminaire technique intitulé "metrics day" a été organisé par la CDC et le think tank 2°C investing initiative. De premières discussions se sont engagées sur l’état de l’art des outils et les initiatives d’ores et déjà lancées. Faut-il calculer le CO2 émis ou bien le CO2 évité par les projets pour mieux prendre en compte l’avenir ? Comment intégrer les émissions indirectes sur toute la chaîne de valeur ? Quels travaux des agences sur les indices bas carbone ? Lors de ce séminaire technique, plusieurs acteurs de la finance (dont PRI, CDP, Unep-FI) ont lancé la plateforme "investor platform for climate action" qui rassemble les engagements de 400 investisseurs représentant 25 000 milliards de dollars d’actifs et liste 17 initiatives (lire sur AEF).

Vendredi, c’était au tour du monde de la finance d’investir l’Unesco, réunis à l’initiative de la CDC, de Paris Europace et de la BEI. Le directeur de l’ONG Carbon Tracker, Anthony Hobley, a su capter l’assistance en soulignant les effets potentiellement dévastateurs d’une "bulle carbone" (lire sur AEF). À ses côtés, Priya Mathur, du plus gros fonds de pension américain Calpers, a indiqué que le risque climatique était l’une des deux "priorités" de la saison actionnariale. "Réduire l’empreinte carbone directe d’un portefeuille en éliminant les entreprises les plus émissives n’est pas suffisant", a mis en garde Philippe Zaouati, de Mirova, estimant qu’il faut "utiliser son portefeuille pour décarboner l’économie". Martin Skancke, président des PRI, a toutefois souligné que "si quelqu’un décarbonait son portefeuille, quelqu’un d’autre carbonait le sien".

Dans une déclaration commune dévoilée vendredi, les grandes organisations professionnelles de la finance de Paris que sont Paris Europlace, l’AFA, l’AFG, l’Afic, la FBF, l’Orse, et la SFAF ont par ailleurs appelé à un "cadre de régulation incitatif" pour le climat et fait cinq propositions, du même ordre que celles exprimées par les entreprises la veille (lire sur AEF).

En outre, Paris Europlace a publié un guide bilingue français-anglais sur les green bonds, reprenant "l’engagement et l’expertise des acteurs français", fruit des discussions de six mois d’un groupe de travail dédié.

Quelques jours après les investisseurs, les assureurs ont également dévoilé leur plateforme spécifique lancée par l’Unep-Fi PSI (principles for sustainable insurance de l’initiative finance du Pnue), et où seront regroupés tous leurs engagements pour "construire la résilience aux catastrophes et promouvoir le développement durable".

Parmi les grandes annonces de la semaine, celle du dirigeant d’Axa Henri de Castries, saluée par le secrétaire général adjoint au changement climatique de l’ONU Janos Pasztor comme "faisant partie d’un basculement historique". L’assureur a déclaré qu’il désinvestirait du charbon pour un montant de 520 millions d’euros (1), intègrerait une analyse ESG pour tous ses investissements d’ici à la fin de l’année, triplerait ses investissements verts pour les porter à 3 milliards d’euros d’ici à 2020, et publierait l’empreinte carbone de ses portefeuilles (lire sur AEF), après avoir signé, comme quatre autres grands investisseurs institutionnels français, le Montréal Pledge. Les travaux du secteur de l’assurance sur le calcul du risque climatique se diffusent aujourd’hui auprès d’autres acteurs tels que les agences de notation, souligne d’ailleurs en marge de l’événement Mike Wilkins, de Standard & Poor’s (lire sur AEF).

Autres annonces rappelées durant la semaine, celles du secteur bancaire, Bank of America, qui réduira ses prêts aux compagnies d’extraction du charbon, tout comme le Crédit agricole qui compte les supprimer, sans faire de même en revanche pour la construction de centrales à charbon. Enfin, une annonce forte a été celle de la nouvelle politique d’investissement de la CDC en faveur du climat, détaillée auprès d’AEF par son directeur général Pierre-René Lemas (lire sur AEF). L’institution vient en outre de publier avec l’Iddri un rapport sur l’intégration du changement climatique dans le secteur financier et sa gouvernance.

Au cœur de la semaine, les pouvoirs publics

S’il s’est agi de la semaine des acteurs privés, les pouvoirs publics n’ont pas été en reste. "Les entreprises sont rassemblées autour du même enjeu, c’est très nouveau", s’est félicitée la ministre de l’Écologie Ségolène Royal lors d’une plénière le mercredi, après la formulation par François Hollande de ses "attentes" en ouverture de la conférence (lire sur AEF). "Je suis persuadée que nous allons voir converger les intérêts du secteur privé et de la planète. La bataille des idées est déjà gagnée, reste celle de l’action."

Quant au ministre des Affaires étrangères Laurent Fabius, il a appelé les entreprises à "rejoindre les structures de coordination existantes sur le climat", à "publier leurs contributions", comme le font les États, à renforcer le déploiement des technologies bas carbone, et à adopter un "réflexe climat" pour leurs décisions d’investissement. S’invitant impromptu à la clôture du "finance day" vendredi, il a estimé le bilan de la semaine "encourageant". "Il y a cinq ans, deux ans, même un an, une telle semaine aurait été inenvisageable."

Le rôle des régulateurs, d’ores et déjà mis en avant lors du metrics day avec une intervention du think tank CEP soulignant le rôle des banques centrales (lire sur AEF), a été confirmé par Michael Sheren de la Banque d’Angleterre, "qui travaille constamment à qualifier le risque issu des actifs échoués" (c’est-à-dire fossiles, carbonés ou soumis au risque climatique), et compte publier en juillet une étude sur le secteur de l’assurance.

La France a en ce sens pu faire valoir son avance fraîchement gagnée. Dans son discours d’ouverture du "finance day" (lire sur AEF), le ministre des Finances Michel Sapin a ainsi mis en avant la transparence des investisseurs sur l’empreinte climatique de leurs portefeuilles, quelques heures après l’adoption par l'Assemblée nationale d’un amendement dans le projet de loi sur la transition énergétique (lire sur AEF). Une initiative particulièrement applaudie par Anthony Hobley de l’ONG Carbon tracker, qui s'est également félicité de "l’excellent travail du Trésor français" au sein du G20 pour embarquer les régulateurs (lire sur AEF).

Le directeur de l’Institut national des finances et politiques publiques auprès du gouvernement indien, Rathin Roy, a souligné à ce titre qu’un "projet de code financier prévu en décembre" en Inde "obligerait tout projet d’infrastructures à intégrer le coût pour l’environnement de cet investissement". Quant à la Chine, "elle vient de créer un comité pour le financement vert", a expliqué son secrétaire général Wang Wen, par ailleurs dirigeant de l’université de Renmin. Tous deux ont souligné l’enjeu pour leurs pays de réussir leur développement industriel à l’aune du défi climatique, alors que "beaucoup d’individus restent pauvres, et que chacun a envie d’avoir, une fois dans sa vie, l’expérience de conduire une voiture".

Prochaine étape : la climate week à New York, en septembre.

 

(1) Les entreprises exclues ont soit plus de 50 % de leur chiffre d’affaires dans le charbon, soit un mix énergétique composé à plus de 50 % de charbon.

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Sabrina Dourlens, journaliste