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Bac -3/+3: quelle "cohérence" entre architecture du lycée et objectifs de réussite ? (auditions de la mission Assemblée)

"On veut 50 % de diplômés du supérieur avec 33 % de bacheliers professionnels", remarque Philippe Tournier, secrétaire général du SNPDEN-Unsa lors d’une table ronde devant la mission d’information sur les liens lycée-enseignement supérieur, le 2 avril 2015. Il pointe "la cohérence de l’architecture" du lycée avec l’objectif européen de réussite dans l’enseignement supérieur et l’objectif national de réussite au bac. La réorganisation du lycée "s’impose" selon lui, et Patrick Fournié, ex-secrétaire général d’ID-FO, est aussi favorable à un renforcement du tronc commun au lycée en créant "un bac général avec une spécialisation scientifique ou littéraire". Il estime qu’il faut avoir une politique "plus volontariste" sur les quotas de bacheliers professionnels en STS et de bacheliers technologiques en IUT, une proposition contre laquelle s’oppose l’Unpiut.

Aujourd’hui "il y a moins de bacheliers généraux et technologiques qu’en 1985", affirme Philippe Tournier, secrétaire général du SNPDEN-Unsa, auditionné par la mission d’information sur les liens lycée-enseignement supérieur le 2 avril. Lors de cette table ronde, en présence d’autres représentants de chefs d’établissements, de la CPU et de représentants des IUT, il pointe plusieurs contradictions.

Actuellement, "un bachelier sur trois est un bachelier professionnel, c’est-à-dire presque autant que les bacheliers généraux". "C’est vrai qu’on peut effectivement reprocher à un bachelier professionnel en comptabilité de ne pas réussir en licence de psychologie. On est un des seuls pays au monde à se lancer un tel défi." "On veut 50 % de diplômés du supérieur avec 33 % de bacheliers professionnels" (lire encadré ci-dessous), souligne-t-il (lire sur AEF).

30,5 %

C’est la part de bacheliers professionnels dans le total des bacheliers à la session 2014. Les bacheliers généraux représentent près de 48,9 % et les bacheliers technologiques 20,6 %. Source : Depp

Et dans le même temps, rappelle Patrice Corre, vice-président de l’APLCPGE, "l’État nous a fixé des objectifs : 80 % d’une classe d’âge au bac […]. Par contre pour les études supérieures, il y a encore une discordance" avec cet objectif européen de 50 % de diplômés du supérieur. Si on observe "la structure" des bacheliers, on constate un "petit problème" : "leur progression est essentiellement due aux bacheliers professionnels et un peu aux bacheliers technologiques". Le nombre de bacheliers généraux n’aurait quant à lui pas augmenté depuis 1990.

Le snpden et la cpu pour une réflexion sur les "prérequis"

Pour Philippe Tournié, "la question du continuum n’est pas 'que faites-vous pour les bacs pro ?' mais celle de la cohérence de l’architecture" du lycée. "La remise à plat de cette organisation s’impose par exemple par rapport aux prérequis. Il faut poser la question de comment on peut accéder à l’enseignement supérieur […] autrement on pourra imaginer de créer d’autres catégories de bac", ironise-t-il.

La CPU demande "une réflexion" sur les prérequis "à l’entrée dans une filière générale" à l’université, rappelle Gilles Roussel, président de la commission formation de la Conférence (lire sur AEF). Ce système serait préférable à un tirage au sort "aléatoire" des étudiants. Cet examen des prérequis serait basé sur "le type de bac qui aurait été suivi" : il y aurait par exemple "une entrée de droit" en LEA anglais-espagnol aux bacheliers qui auraient suivi des cours dans ces deux langues "jusqu’en terminale". "Nous ne souhaitons pas aller jusqu’à des prérequis plus fins ou quelque chose de plus discriminant", assure-t-il.

"Si on met des prérequis, ne risque-t-on pas de renforcer le 'risque tubulaire'" et d’aller à l’encontre des actions de lutte contre l’échec mises en place par les universités, interroge le rapporteur Émeric Bréhier (PS, Seine-et-Marne). "C’est un faux problème", ce risque existe déjà pour les bacheliers professionnels, rétorque Gilles Roussel. Pourquoi ne pas exiger un certain niveau "en amont" plutôt que de "bricoler en aval", alors qu’on sait que les étudiants qui ne restent qu’une ou deux semaines à l’université, "ce sont les bacs pro", demande-t-il.

Accès au supérieur grâce au bac ou APB ?

APB est "un outil de remplissage des formations" qu’il serait "nécessaire" de faire évoluer vers un "outil d’orientation et d’accompagnement", d’après Gilles Roussel. Pour Philippe Tournié, "c’est APB le centre de gravité du bac -3/bac +3, pas le bac", pour qui ce diplôme est un "mythe universel".

Pour Patrick Fournié, il faut réduire le nombre d’épreuves au bac, mais aussi le nombre de séries comme cela a été fait dans la voie technologique, en ne proposant qu'"un bac général avec une spécialité scientifique ou littéraire".

être "plus volontariste" sur les quotas

Patrick Fournié, ex-secrétaire général d’ID-FO, estime qu'"il faut avoir une politique plus volontariste" sur les quotas de bacheliers technologiques en IUT et professionnels en BTS. ID-FO n’est "pas favorable" à la création d’une section professionnelle supérieure, envisagée comme piste de réflexion de départ pour la mission confiée à Christian Lerminiaux (lire sur AEF). Ce serait une sorte de "sous-BTS" qui ajouterait de la confusion.

Jean-Paul Vidal, président de l’Unpiut, n’est également pas favorable à une nouvelle filière mais les bacheliers professionnels ont "une appétence pour une manière d’apprendre qui n’est pas celle de l’enseignement supérieur même dans nos IUT". Il appelle à une adaptation des formations à ces profils d’étudiants tout en rejetant le principe des quotas, qui "n’ont strictement rien changé" et ne créent qu’une "population d’aigris" en leur faisant croire qu’ils pourront aller plus loin dans les études (lire sur AEF).

Guillaume Bordry, président de l’Adiut, tout en soulignant la "nécessaire mixité des publics" dans les IUT, regrette - en se fondant sur les premiers chiffres d’APB (2015) - que, "si le nombre de candidatures [de bacheliers technologiques en IUT] augmente, le volume même de candidats n’augmente pas" (1). Il y a environ 70 000 candidats au bac techno mais seulement 14 000 se retrouvent scolarisés en post-bac. L’Adiut estime qu’un travail d’information sur les viviers correspondant aux spécialités entre bac et IUT est nécessaire (lire sur AEF).

 

(1) Le même nombre de candidat multiplie davantage le nombre de vœux en IUT.

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Judith Blanes, journaliste