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Banques et changement climatique : Stanislas Pottier, DDD du Crédit agricole, répond à AEF

En vue de la COP 21, AEF lance une série d’interviews de représentants de secteurs particulièrement mis sur le devant de la scène. Première série avec les banques, dont la responsabilité sociale et environnementale et le rôle dans le financement de l’économie sont un levier majeur face au risque climatique. Stanislas Pottier, directeur développement durable du Crédit agricole, répond sur la question du changement climatique et de la transition énergétique, mais aussi sur l'ISR. La semaine prochaine, le directeur développement durable de Société générale, Jean-Michel Mépuis, répondra à son tour. La prochaine série sera dédiée aux énergéticiens et la manière dont ceux-ci prennent en compte un prix interne du carbone dans leur stratégie.

La France 5e financeur mondial de charbon via ses banques (Oxfam)

Selon le site Fair Finance France dévoilé lundi 30 mars 2015 par Oxfam, "à travers ses banques qui y ont investi 30 milliards d’euros entre 2005 et avril 2014, la France est le cinquième plus gros financeur mondial de charbon, première énergie responsable du réchauffement climatique". "À l’exception du Crédit agricole, qui fait des efforts notables mais incomplets dans le calcul de son empreinte carbone, aucune banque ne calcule les émissions de CO2 induites par les projets et les entreprises qu’elle soutient. Conséquence logique de cet 'oubli' coupable : jusqu’ici aucune banque ne s’est fixée d’objectif de réduction de CO2 cohérent avec un maintien du réchauffement en dessous de 2°", dénonce l’ONG.

Stanislas Pottier est directeur développement durable de Crédit agricole SA, qui est la holding et l’entité cotée en bourse de l'établissement bancaire. Celle-ci compte plusieurs filiales telles qu’Amundi, Crédit agricole CIB pour le financement et les grands comptes, LCL (ex-Crédit lyonnais), ou Calef, qui réalise du leasing, du crédit-bail et de l’affacturage. Le groupe compte également 39 caisses régionales qui constituent le réseau de banques de détail en France. Crédit agricole SA gère les risques, et possède 25 % des caisses régionales, qui à leur tour possèdent 56 % du groupe.

"Cette gouvernance est importante pour expliquer la manière dont est construite la politique de développement durable au sein de cette coopérative mutualiste", précise-t-il. "Chaque caisse régionale est dirigée par un tandem : le président de caisse, sociétaire et élu par les autres sociétaires, c’est-à-dire la clientèle régionale ; et le directeur général nommé par le groupe."

AEF : Quelle place occupe la RSE au sein du conseil d’administration ?

Stanislas Pottier : Le groupe compte 21 administrateurs dont 3 représentants des salariés, 6 indépendants et 18 élus par l’assemblée générale. Le conseil d’administration compte un tiers de femmes et a pour particularité de compter parmi ses membres le président de la FNSEA. Un comité RSE a été créé au sein du conseil d’administration,  ce qui permet d’approfondir ces questions, car la pratique montre que s’il n’y a pas de comité spécialisé, on arrive directement en conseil d’administration avec un ordre du jour fourni. Pour le say on pay (lire ici, ici et sur AEF) et les critères de rémunération par exemple, c’est un gros sujet de débat interne. Les caisses sont très vigilantes et la gouvernance est très vivante, les débats sont vigoureux.

AEF : Comment prenez-vous le risque climatique en compte dans vos différents portefeuilles ? Quelles méthodologies utilisez-vous et quels montants sont concernés ?

Stanislas Pottier : Il est difficile, compte tenu de nos différents métiers, de faire une somme. Nous avons tout de même mené des évaluations pour la banque de financement, l’efficacité énergétique dans le logement ou encore les énergies renouvelables. Le chiffre auquel nous avons abouti concernant notre empreinte CO2 globale pour l’année 2012 est de 160 millions de tonnes équivalent CO2. Nous avons travaillé avec l’université Paris Dauphine et l’École Polytechnique et avons partagé cette méthodologie dans le cadre de l’Orse.

Deux catégories de méthodes sont d’ailleurs expliquées dans le guide de l’Orse dédié à la mesure de l’empreinte CO2 du secteur financier (lire sur AEF) : la méthode "top-down", qui donne simplement un ordre de grandeur mais permet d’éviter les doubles comptages, et la méthode "bottom-up", plus précise et plutôt utile sur les petits projets ou les échantillons.

AEF : Quelles évolutions constatez-vous et quels objectifs vous êtes-vous fixés en la matière ?

Stanislas Pottier : Nous n’avons pas d’objectifs précis ni de calendrier, en revanche, la part des énergies renouvelables est devenue prépondérante dans les nouveaux projets que nous finançons. Le fait est que nous avons des projets qui sont longs et seront donc toujours dans nos portefeuilles, mais ne correspondent pas à la dynamique en cours. Nous voulons des investissements à empreinte carbone faible, mais dans certains pays, il n’y a pas d’alternatives au charbon et il est très difficile de sortir de cette énergie. Cela ne peut être que progressif. La philosophie de Crédit agricole CIB et d’Amundi est d’être très exigeant, mais dans l’accompagnement des clients. Pour un gestionnaire d’actifs, c’est toute la thématique de l’engagement actionnarial.

AEF : De quelle manière intervenez-vous alors sur les investissements ?

Stanislas Pottier : On nous demande régulièrement quels financements nous avons refusés. Pour être provocateur, l’idéal serait de n’en refuser aucun. Et de pouvoir dire dès le départ au porteur de projet : attention, ce que nous voyons là ne va pas convenir, si vous voulez que nous vous fassions une offre de crédit, il va falloir redresser le projet dans ce sens.

AEF : Les projets refusés ne trouveront-ils pas de toute façon un financeur ailleurs, auprès de banques russes ou chinoises ?

Stanislas Pottier : Il peut arriver que certaines entreprises se tournent vers d’autres banques, les standards des banques européennes et nord-américaines étant sensiblement les mêmes. Nous avons formulé des politiques sectorielles sur l’énergie (lire sur AEF) et les clients évoluent. Nous avons beaucoup travaillé avec les équipes commerciales pour qu’elles s’approprient ces lignes directrices. Dans une période de crise, les discussions étaient rugueuses. Puis tout le monde s’est rendu compte que les entreprises évoluaient.

AEF : François Hollande a annoncé la fin des crédits exports pour le charbon (lire ici, ici et sur AEF). Quel est l’impact de cette décision pour les banques, qui financent les entreprises en s’appuyant sur ces garanties ?

Stanislas Pottier : Je trouve que l’État est un peu en retard sur les entreprises. Nous militons pour que la pression sur le CO2 soit plus forte. Mais il faudrait qu’une exigence européenne puisse exister, sinon la concurrence jouera en faveur de l’Allemagne. L’OCDE est pour cela un bon réceptacle, où il existe déjà des règles contraignantes sur le nucléaire, alors pourquoi pas sur le charbon…

AEF : Les ONG vont monter en puissance jusqu’à la COP 21. Avez-vous mis en place une stratégie particulière à ce sujet ?

Stanislas Pottier : Nous n’avons pas de stratégie particulière. Nous dialoguons et tentons au mieux de répondre, en permanence : nous sommes sollicités par une multitude d’acteurs, dont les ONG.

Green bonds : appel à la rigueur

"Il existe des critiques sur la rigueur du produit. Ces obligations vertes se développent de manière exponentielle et supposent des obligations de reporting et de fléchage. Mais il faut prendre garde au greenwashing, d’où la réflexion sur les "green bonds principles", signés par 30 banques (lire sur AEF). J’ai échangé sur le sujet avec le WWF France, qui juge ces principes plutôt bons. Il faut aussi être rigoureux sur la sélection des fonds. C’est tout de même un bon produit, car il permet d’attirer l’investisseur sur des projets qui vont dans le bon sens. Et il est tout à fait dans l’intérêt de Crédit agricole CIB, pionnier, de mettre la barre assez haut."

AEF : Quelle politique menez-vous pour financer la transition énergétique et écologique sur le territoire, auprès des particuliers notamment ?

Stanislas Pottier : La conférence bancaire a permis une avancée concernant l’éco-PTZ : la responsabilité de valider les travaux de rénovation énergétique ne repose plus sur les banques mais sur les professions expertes du sujet, avec le label RGE. Mais il faut que ce label soit exigeant et non distribué à tout va. Dès lors que les taux sont bas et qu’il existe une concurrence avec le CITE, je suis sceptique sur la réussite de ces outils. Pour notre part, nous avons développé un outil avec un partenaire, nommé Calculeo, qui permet au particulier de savoir s’il a droit a des aides départementales, régionales, communales. La loi sur la transition énergétique s’est concentrée sur de grandes ambitions en matière d’énergies renouvelables ou de nucléaire, mais le lien avec la conférence bancaire est ténu.

AEF : Êtes-vous favorable à la création d’un label ISR et à quelles conditions ?

Stanislas Pottier : Sur l’ISR, notre filiale Amundi s’est déjà exprimée sur le sujet (lire ici et sur AEF). Elle a pris deux initiatives intéressantes lors du sommet sur le climat à New York (lire sur AEF). Avec le FRR, le fonds suédois AP4 et l’agence MSCI, elle a lancé des indices bas carbone (lire sur AEF). Par ailleurs, une société de gestion commune avec EDF a été créée sur les énergies renouvelables et l’efficacité énergétique, pour pouvoir ouvrir ces fonds à des investisseurs institutionnels et à des particuliers (lire sur AEF).

Aujourd’hui, au-delà de l’ISR, un gestionnaire d’actifs peut proposer des produits "mainstream" performants, émettant moins de CO2 et prélevant moins d’énergies fossiles. Au contraire de l’ISR, nous pouvons dans ce cas de figure toucher un large public d’investisseurs, car nous sommes tout de suite sur des montants plus importants.

Sur le label, il existe une alternative philosophique. Novethic et Mirova ont une approche spécifique de niche. Lorsque l’on est sur cette approche, on peut se permettre de faire beaucoup d’exclusion. Mais je ne suis pas sûr que l’on fasse toujours avancer les choses d’un point de vue global. Les trajectoires sont d’ailleurs relativement contraires : tandis que Mirova a sorti dans une filiale son métier ISR du métier de gestion d’actifs classique de Natixis, Amundi l’a réintégrée, cette activité étant auparavant isolée au sein de la filiale Ideam. Aujourd’hui, une quinzaine d’analystes ESG chez Amundi travaille pour tous les gérants. Cela me semble plus porteur : petit à petit, on change de métier, ce qui ne veut pas dire qu’il ne faut pas être exigeant.

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Sabrina Dourlens, journaliste