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Il est "plus rentable" d’investir dans le capital humain que dans les infrastructures (Lauritz Holm-Nielsen, RUE 2015)

Il est "plus rentable" d'investir dans le capital humain et l'enseignement supérieur que dans les infrastructures, déclare le président d’Euroscience, Lauritz Holm-Nielsen, qui souligne l’importance de la formation universitaire "dans l’intérêt de la société et de l’économie". Il s'exprime lors du grand débat des RUE (1), le 19 mars 2015, durant lequel l'exemple de la Corée est largement détaillé par le président de l’université nationale de Séoul, Nak-In Sung. Il explique notamment que la formation continue des personnels constitue un des axes des liens qui unissent les universités aux entreprises coréennes, lesquelles "financent les études de leurs personnels pendant un ou deux semestres" pour que les employés se forment aux technologies de pointe. Est également largement détaillé, au cours du débat, le lien des entreprises et de l’ESR, tant en termes économiques que culturels.

"Le revenu national par personne des Coréens atteint maintenant 28 000 $ (26 200 €), alors qu’au début des années 1960 il était d’environ 90 $ (84 €). En une cinquantaine d’années, il a été multiplié par 300. La Corée est ainsi devenue le seul pays au monde jusqu’à ce jour à se sortir de son stade de sous-développement économique", déclare Nak-In Sung, président de la SNU (université nationale de Séoul), y voyant "la meilleure preuve" qu' "il est important d’investir dans l’enseignement supérieur en cette période de difficultés économiques".

Il présente l’exemple de la Corée dans le cadre du grand débat de la rédaction d’AEF, organisé le 19 mars 2015 dans le cadre des RUE, sur "l’apport de l’ESR à la compétitivité de la France". "Si le gouvernement hésite à soutenir l’enseignement et la recherche pour la mauvaise raison qu’il n’y a pas de contribution directe à l’économie, celle-ci ne pourra pas reprendre son essor", déclare-t-il. "L’université est le dernier bastion du développement social."

La formation "élément clé de la compétitivité des entreprises"

"En 1960 la Corée et le Ghana avaient exactement le même PIB", complète Lauritz Holm-Nielsen, président d’Euroscience et ancien recteur de l’université d’Aarhus (Danemark), pour qui "il est plus rentable d’investir dans l’enseignement supérieur que dans les infrastructures". Aussi plaide-t-il pour penser la formation universitaire "non pas dans l’intérêt des universités mais dans celui de la société et de l’économie".

Dominique Vernay, président de la FCS Paris-Saclay, revient sur son expérience au conseil d’administration de Samsung Thales qui l’a amené à "voyager souvent en Corée" où, note-t-il, "l’accent est mis sur la formation partout" car "c’est un élément clé de la compétitivité des entreprises". "Thales s’installe quelque part en fonction de la main-d’œuvre et non des infrastructures qui peuvent être construites après. Le capital humain est la priorité de notre institution." Nak-In Sung explique en effet que la formation continue des personnels constitue un des axes des liens qui unissent les universités aux entreprises coréennes, lesquelles "financent les études de leurs personnels pendant un ou deux semestres". "De nombreux employés s’inscrivent en master pour se former aux nouvelles technologies de pointe", précise-t-il.

de la notion d’élite à celle d’excellence

"En France, on recrute traditionnellement beaucoup d’ingénieurs des grandes écoles et peu de personnes dans les universités - en niveau master", regrette Dominique Vernay qui y voit un des effets du "nombre de parcours universitaires trop important", saluant la simplification de ceux-ci comme "une révolution copernicienne qui va favoriser le recrutement". Par ailleurs, il plaide pour passer de "la notion d’élite à celle d’excellence qui peut être présente à tous les niveaux, des ouvriers aux chercheurs et qui nécessite une ouverture à l’international et une remise en question permanente".

"Vous n’avez pas besoin de nouveaux programmes ou de plus de fonctionnaires, mais de plus d’égalité et de flexibilité dans vos infrastructures", souligne de son côté Lauritz Holm-Nielsen. Pour lui, "dans une société qui n’est pas égalitaire il est très difficile de maintenir le développement économique".

"connaissance mutuelle entre universités et entreprises"

Pour Brigitte Plateau, présidente de Grenoble INP et de l’alliance Allistène, "le nœud de tout" réside dans "la connaissance mutuelle entre universités et entreprises" : "En France les entreprises connaissent bien les grandes écoles, moins les universités. C’est en train de changer dans les deux sens." "La recherche est un pipeline qui va des idées à leur transformation en objet, via la maturation, etc.", déclare-t-elle. "L’entreprise doit être consciente de toutes les étapes de ce pipeline et les universités ouvertes pour les montrer. Il y a des outils pour cela, comme les projets européens ou les contrats Cifre. À Grenoble, ces mondes ont interagi depuis très longtemps."

"Notre université a créé une école et un institut de sciences et technologies convergentes" car "il faut une approche pluridisciplinaire embrassant politique, économie, société, culture et droit", expose de son côté le président de la SNU qui dispose de plusieurs structures "afin de promouvoir une coopération active entre universités et entreprises", comme "la Fondation SNU pour le développement de la recherche et de l’industrie qui gère de façon globale les projets de recherche entre université, le gouvernement et les entreprises". En dehors de la recherche conjointe entre universitaires et entreprises, la coopération naît aussi "des centres de recherche dont les travaux sont financés par des entreprises" et d' "un parc de recherche où les entreprises ont la possibilité d’installer un centre de recherche et de consulter sur place les spécialistes universitaires de leur domaine".

Investissement privé dans la R&D

Lauritz Holm-Nielsen prévient contre "la tentation de suivre un modèle" : "Je suis un biologiste et je sais que les écosystèmes les plus diversifiés sont les plus forts." Pour lui, "l’économie européenne est la plus solide sur terre mais nous ne la méconnaissons et nous l’utilisons mal." Il rappelle que "dans les pays du Nord de l’Europe, la part du secteur privé dans les dépenses de recherche se situe autour de deux tiers".

En France, rappelle Gabrielle Gauthey, directrice des investissements et du développement, à la Caisse des dépôts, "le niveau de dépense de la recherche privée est identique à celui de la recherche publique depuis deux ou trois ans". "À la CDC nous travaillons sur ces mutations en développant des outils pour décloisonner la recherche publique et les entreprises ; en créant des mécanismes de transformation de connaissance en valeur économique ; et en travaillant sur la culture vis-à-vis de l’innovation et de l’entrepreneuriat."

(1) Les Rencontres Universités-Entreprises, organisées par le groupe AEF, se tiennent au Palais des Congrès à Paris les 19 et 20 mars 2015. Le grand débat des RUE avait pour thème : "Après le Pacte de responsabilité, faut-il un Pacte d’innovation ? Et si l’ESR était la seule vraie garantie à terme de la compétitivité de la France ?"

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Anne Roy, journaliste