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Attentat à "Charlie Hebdo" : le monde de l'enseignement supérieur et de la recherche exprime sa solidarité

Universités, grandes écoles, organismes de recherche, ministère, syndicats… : tout ce que le monde de l’enseignement supérieur et de la recherche français compte de représentants a exprimé sa solidarité, jeudi 8 janvier 2015, avec les victimes de l’attentat survenu la veille au siège de Charlie Hebdo. Comme les y invitaient Najat Vallaud-Belkacem, ministre de l’Éducation nationale, de l’Enseignement supérieur et de la Recherche, et Geneviève Fioraso, secrétaire d’État chargée de l’Enseignement supérieur et de la Recherche, les personnels et les étudiants ont respecté un peu partout sur le territoire une minute de silence, les établissements relayant souvent ces hommages sur les réseaux sociaux, parfois sous forme de photos dont AEF publie un échantillon. Certains ont également publié des communiqués de presse ou des éditoriaux sur leurs sites.

"Hier ce n’est pas simplement la liberté de la presse qui a été attaquée, c’est notre liberté d’expression collective qui a été bafouée ; ce sont les valeurs constitutives de notre République qui ont été contestées, c’est un attentat contre notre liberté de penser qui a été perpétré. Cette liberté de penser est notre bien le plus précieux. Une société qui pense est une société qui bouge, une société qui innove. C’est une société qui espère parce que c’est une société qui imagine son avenir. Penser c’est ouvrir la voie des possibles. Être subversif c’est être innovant." Comme de nombreux responsables de l’enseignement supérieur et de la recherche français, Laurent Carraro, directeur général des Arts et Métiers ParisTech, a exprimé, jeudi 8 janvier 2015, dans un long message publié sur le site internet de l’école, son sentiment à la suite de l’attentat perpétré la veille contre la rédaction du journal Charlie Hebdo, à Paris.

Jacques Bittoun, président de Paris-Sud, prend lui aussi longuement la plume sur le site internet de l’université : "Je suis triste et je n’ai pas envie de parler de ceux qui ont fait ça ; l’inversion des valeurs est telle qu’on leur rendrait hommage en voulant les honnir. Je veux rendre hommage à ceux qui les auraient anéantis par le rire et qui ne sont plus là pour le faire", écrit-il. "Toute ma jeunesse, j’ai lu assidument leurs textes et dessins, de Hara-kiri à Charlie Hebdo. Moi qui regrette la disparition de Bernier et Cavanna, leurs fondateurs, je suis presque heureux qu’ils ne soient plus là pour voir ça. Au-delà d’artistes de génie, c’est le rire que l’on a assassiné. Le rire le plus noble : celui qui est pleinement conscient du tragique de ses sujets, le rire pour ne pas pleurer. Comme j’aimerais qu’ils soient encore là pour nous empêcher d’en pleurer ce soir."

UNE MINUTE DE SILENCE SUR LES CAMPUS FRANÇAIS

Partout en France, dans les universités, les écoles, les organismes de recherche, une minute de silence a été respectée en hommage aux victimes. Geneviève Fioraso s’est rendue à l’université Paris-I, sur le site du Panthéon tout proche du secrétariat d’État à l’Enseignement supérieur et à la Recherche, pour se recueillir aux côtés des personnels et des étudiants. La veille, un communiqué du MENESR invitait "l’ensemble des personnels, des élèves et des étudiants" à observer cette minute de silence, indiquant que les drapeaux "seraient mis en berne sur l’ensemble des établissements relevant du ministère durant trois jours". Des consignes de sécurité ont également été transmises concernant les contrôles aux accès des établissements et les possibles manifestations ouvertes au public.

Dans un court communiqué, la Comue Sorbonne Universités a également fait part de sa "compassion pour les victimes et leurs proches" et écrit : "Ce sinistre attentat est une raison supplémentaire de poursuivre sans faillir notre mission d’enseignement et de recherche, basée sur le développement de l’esprit critique, de la liberté et de la tolérance, seule réponse aux agissements violents et obscurantistes." Quant à la CPU, elle estime, dans un message sur son site que "ce n’est pas la violence qui peut venir à bout des libertés, c’est la pensée libre qui vient à bout de toutes les oppressions".

Le Muséum national d’histoire naturelle se dit "frappé au cœur de [ses] missions et de [son] histoire, au cœur de [ses] convictions et de [ses] valeurs comme lieu de science et de connaissance, comme lieu de réflexion et de diffusion". Il cite Boris Vildé, ethnologue, chef du bureau de Résistance du Musée de l’Homme, en décembre 1940 : "Résister, c’est déjà garder son cœur et son cerveau. Mais c’est surtout agir, faire quelque chose qui se traduise en faits positifs, en actes raisonnés et utiles."

DES HOMMAGES PERSONNALISÉS

Dès le 6 janvier, très vite après l’attentat, les chefs d’établissements dans lesquels certaines victimes enseignaient avaient été les premiers à réagir, à l’image de Danielle Tartakowsky, présidente de l’université Paris-VIII Vincennes St-Denis : "La nouvelle de l’attentat perpétré il y a quelques heures contre Charlie Hebdo en faisant 12 morts dont de prestigieux dessinateurs et journalistes sans lesquels notre univers politique ne serait pas aujourd’hui ce qu’il est nous frappe d’horreur et d’effroi. Elle nous affecte avec une violence d’autant plus grave que notre collègue Bernard Maris qui fut professeur d’économie à l’institut d’études économiques depuis 1999 est au nombre des victimes", écrit-elle ainsi dans un communiqué de presse.

"En leur personne, c’est la liberté d’expression, le rire libérateur et la démocratie qu’on a tenté de mettre à mort", poursuit la présidente. "Il est de notre responsabilité de nous dresser contre ceux qui entendent étouffer la raison, l’intelligence et tous les fondements du vivre ensemble. Il est également de notre responsabilité de nous garder des amalgames qui pourraient tenter d’aucuns et de lutter contre tous les démons qui menacent." Philippe Raimbault, directeur de Sciences Po Toulouse a également rendu hommage à Bernard Maris, "diplômé 1968, enseignant à l’IEP dans les années 1990 et jusqu’aux années 2000, puis parrain de la promotion 2010 'Boris Vian'", rappelant qu’il "était resté très attaché à l’établissement". Un livre d’or en ligne a été ouvert par l’IEP en sa mémoire.

DES MOTS POUR EXPRIMER UN ATTACHEMENT AUX VALEURS RÉPUBLICAINES

Beaucoup de sites d’établissements ou d’organismes, ainsi que leur compte Twitter, affichent le slogan "Je suis Charlie" en guise de message de solidarité. Certains se regroupent pour communiquer ensemble, à l’image de la Conférence havraise des établissements d’enseignement et de recherche du supérieur (1), qui "dénonce cet acte au nom des sciences et des valeurs humanistes qui ont fondé et qui doivent continuer à fonder la République" et dont ses établissements "ont la responsabilité de la transmission".

Les organisations syndicales ne sont pas en reste : par communiqué, le Snesup-FSU "condamne fermement cet attentat qui, en visant un organe de presse, s’inscrit dans un contexte de menaces contre la liberté d’expression", tandis que Sup’Recherche-Unsa, "sonné par la nouvelle", s’indigne : "En visant un symbole de la liberté d’expression, c’est la République qu’on assassine ! Plus que jamais, les valeurs républicaines doivent être portées haut et défendues dans l’unité de la Nation." L’Unef appelle les étudiants à "participer aux rassemblements partout en France". "En s’en prenant à des journalistes, ce sont les principes démocratiques et républicains de liberté d’expression et de pensée qui sont attaqués. Plutôt que de céder à la peur, l’attachement collectif à nos libertés fondamentales doit être plus que jamais réaffirmé", écrit l’organisation étudiante.

La Cité internationale universitaire de Paris, où résident "12 000 étudiants, chercheurs et artistes de 140 nationalités différentes", a publié quant à elle un communiqué rappelant qu’elle était née "au lendemain de la première Guerre mondiale, du rêve et de la volonté d’hommes d’exception, humanistes et philanthropes, qui souhaitaient contribuer à la construction d’un monde de paix". Elle retranscrit les mots de l’un de ses fondateurs, André Honnorat, en 1936, pour qui l’un des desseins essentiels de la Cité internationale était "de faire entrer en relation quelques-unes des intelligences qui sont l’espoir de demain et de les amener ainsi à s’apercevoir que les hommes, malgré la diversité de leurs origines et des traditions qui les ont formés, ne sont pas si différents les uns des autres qu’ils l’imaginent".


(1) Université du Havre, Institut de Formation d'Educateurs de Normandie, EM Normandie, Sciences Po Paris, campus Europe-Asie au Havre, Insa Rouen, Ecole Supérieure d'Art et Design Le Havre Rouen, Ecole Nationale Supérieure Maritime, Ville du Havre, Communauté d'Agglomération Havraise.

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Sarah Piovezan, journaliste